« Le temps a laissé son manteau »
Le 16/04/07, par Fabrice Madouas, Rédacteur en chef adjoint Société | Présidentielle
Meeting de Jean-Marie Le Pen, le 15 avril, au Palais des sports de Paris. Dehors, sous un soleil de plomb, 1 000 personnes, qui ne pourront pas entrer : la salle est pleine à craquer. Dedans, 6 000 électeurs et militants. Derrière moi, une jeune femme enceinte de six mois agite frénétiquement trois petits drapeaux français. Devant, un jeune homme bien mis, polo de rugby et pantalon de toile écrue, cède obligeamment sa place à une vieille dame. Du discours de Le Pen, long d’une heure et demie, télés et radios n’ont retenu que la petite phrase sur Nicolas Sarkozy et la « racaille politicienne ». Mais rien sur son analyse du déclin de la France : la dette publique « passée de 165 milliards de francs en 1970 à 1 200 milliards d’euros aujourd’hui » ; la faillite de l’Education nationale « verrouillée par des syndicats marxistes » ; l’immigration que bien des ministres ont prétendu tarir depuis trente ans. Rien non plus, à la télé, sur son idée de la France : « L’amour de la patrie, dit-il, c’est le cœur de la fonction présidentielle. Chaque paysage m’évoque sa beauté et sa grandeur, les actions des quarante rois, des empereurs et des Républiques, et à partir de ses racines chrétiennes, le long déroulement d’une histoire humaine exceptionnelle ». Et quand il quitte son pupitre pour déclamer un poème de Charles d’Orléans (« Le temps a laissé son manteau / De vent, de froidure et de pluie / Et s’est vêtu de broderies / De soleil luisant, clair et beau »), on se dit que Le Pen, quoi qu’on pense de lui, a cet avantage sur les autres candidats de connaître par cœur certains de nos grands poètes.











