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« Le temps a laissé son manteau »

Meeting de Jean-Marie Le Pen, le 15 avril, au Palais des sports de Paris. Dehors, sous un soleil de plomb, 1 000 personnes, qui ne pourront pas entrer : la salle est pleine à craquer. Dedans, 6 000 électeurs et militants. Derrière moi, une jeune femme enceinte de six mois agite frénétiquement trois petits drapeaux français. Devant, un jeune homme bien mis, polo de rugby et pantalon de toile écrue, cède obligeamment sa place à une vieille dame. Du discours de Le Pen, long d’une heure et demie, télés et radios n’ont retenu que la petite phrase sur Nicolas Sarkozy et la « racaille politicienne ». Mais rien sur son analyse du déclin de la France : la dette publique « passée de 165 milliards de francs en 1970 à 1 200 milliards d’euros aujourd’hui » ; la faillite de l’Education nationale « verrouillée par des syndicats marxistes » ; l’immigration que bien des ministres ont prétendu tarir depuis trente ans. Rien non plus, à la télé, sur son idée de la France : « L’amour de la patrie, dit-il, c’est le cœur de la fonction présidentielle. Chaque paysage m’évoque sa beauté et sa grandeur, les actions des quarante rois, des empereurs et des Républiques, et à partir de ses racines chrétiennes, le long déroulement d’une histoire humaine exceptionnelle ». Et quand il quitte son pupitre pour déclamer un poème de Charles d’Orléans (« Le temps a laissé son manteau / De vent, de froidure et de pluie / Et s’est vêtu de broderies / De soleil luisant, clair et beau »), on se dit que Le Pen, quoi qu’on pense de lui, a cet avantage sur les autres candidats de connaître par cœur certains de nos grands poètes.

Internet, mieux que le service public ?

Depuis un mois, je n’ose plus remonter mes manches de peur que les passants ne se demandent d’où proviennent les bleus sur mes avants bras. Car il faut bien le reconnaître, les motifs de ses les pincer pour s’assurer qu on ne rêve pas, se multiplient... A peine estompés les bleus (à l'âme) consécutifs au conflit du port de Marseille et à sa résolution, voici un autre motif : en début de semaine, les postiers, rangés non pas sous le drapeau français comme le voudrait Ségolène Royal, mais sous les étendards de Sud, de la CGT, de FO et de la CFCT, se sont mis en grève. La raison ? Un surcroît de travail relatif à la distribution des plis électoraux et professions de foi… Je leur concède qu’il y a encore peu, ils n’effectuaient ce travail – de service public – que tous les sept ans, mais avec le quinquennat, cette distribution s’avère donc plus prenante. Soit ! Mais le plus étonnant est d’appendre que pour cette tâche comprise dans leur tournée quotidienne ils sont rémunérés en heures supplémentaires, 9 euros de l’heure (soit selon Sud, de 8 à 17 centimes le pli de 125 grammes). Les syndicats voudraient que les agents soient rémunérés deux fois plus. A l’heure où les syndicats protestent contre ce qu’ils appellent « la casse du service public », il est plaisant d’apprendre que les français résident à l’étranger ont pratiquement tous reçu directement dans leur boite aux lettres électroniques, donc par internet, les programmes des candidats à l’élection présidentielle.

Agenda de ministre… et zen attitude

Nos cabinets ministériels tournent au ralenti. Les agendas de nos ministres le prouvent. Pour Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, la semaine officielle se résumait à deux activités programmées ce mercredi 18 avril : 9 h 15, entretien à l’Hôtel de Brienne avec Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux Anciens combattants ; 10 h 00, Conseil des ministres, au Palais de l’Élysée. M. Mekachera devait être plus occupé. En plus du rendez-vous avec Mme Alliot-Marie et le Conseil des ministres, il avait à célébrer, ce lundi 16 avril à 10 h 30, le 90e anniversaire des combats du Chemin des Dames au Mémorial de Cerny en Laonnois, dans l’Aisne. Plus rien ensuite. On peut au moins être sûr d’une chose : en ces temps troublés, pas seulement sur le plan électoral, tout est fait pour que nos ministres restent zen et qu’ils aient le temps de préparer leurs cartons.

Apprentis tyrans et alliés de la gauche !

Qui s’en émeut ? A la faveur de la campagne officielle, Bové et Schivardi, les Dupont et Dupond de l’extrémisme, ont inondé les écrans télés de leur proposition « phare » : la nationalisation autoritaire – « l’expropriation », disent-ils - de la plupart des grands « moyens de production ». « Sur le modèle d’Hugo Chavez et de Castro » a même précisé Schivardi. C'est-à-dire par la violence. La France basculerait ainsi d’un coup dans le camp des dictatures de type marxiste. Sa parole reniée. Le chaos assuré. Notre pays mis au ban des nations civilisées. On me dira que Bové ou Schivardi, pas plus que Laguiller ou Besancenot (qui tiennent quasiment les mêmes discours) n’ont de chance d’être élu. C’est vrai. Reste que leurs propos ne semblent choquer personne, ni dans la classe politique ni dans les médias. Et que ces apprentis despotes apporteront au second tour, pour la plupart, leurs voix à la candidate de gauche (si elle est qualifiée) comme ils l’ont toujours fait. Et que cela ne gênera pas Royal – la première à dénoncer une pseudo « connivence » entre Sarkozy et Le Pen !!!

Déterminisme

En cette trêve pascale ensoleillée, alors que les terrasses regorgeaient de trop belles jeunes filles étrennant plus ou moins timidement leurs premières robes d’été, on pouvait se laisser aller à rêver que la vraie vie, enfin, allait reprendre ses droits sur la politique. L’ouverture de la campagne officielle venait hélas nous rappeler que nous n’en avions pas fini. Cette campagne officielle sera-t-elle en mesure de changer la donne, avec son égalitarisme factice, ses clips d’autant plus raides que le candidat a peu de moyens, ses discours dont la juxtaposition fait encore mieux ressortir les stéréotypes (Besancenot, c’est Buffet plus les fautes de français) ? Ou bien quelque polémique nouvelle va-t-elle brouiller les lignes, à l’image de ces propos stupéfiants de Nicolas Sarkozy sur la prédétermination génétique à la pédophilie ? Comme naguère avec son projet de loi sur le dépistage dès la petite enfance des tempéraments délinquants, voilà donc le candidat de la droite libérale qui enferme l’homme dans un déterminisme rigide, au mépris des études scientifiques les mieux établies : foin de l’éducation, foin de la force du tabou, foin du rôle de la pornographie dans le développement des perversités sexuelles : Nicolas Sarkozy « pour sa part, inclinerait à penser que l’on naît pédophile ». Au mépris aussi, comme l’a rappelé Mgr Vingt-Trois qui a entendu dans ces propos un "relent eugéniste", de toute la tradition philosophique judéo-chrétienne dont la droite est pourtant l’héritière, qui veut que l’homme, s’il n’est pas un atome sans attache et sans racine, n’en soit pas pour autant un pur produit de son milieu, social, familial ou génétique, mais une personne autonome dotée de son libre-arbitre, impossible à enfermer dans la cage contraignante de comportements prédéterminés. Sarkozy, lui, obéit à un autre déterminisme, ancré dans les habitudes celui-là – celui qui veut que nos hommes politiques ne fassent plus guère référence, faute de le maîtriser, à un quelconque système de valeurs, à une quelconque vision du monde. Non, ils prennent position comme ça leur vient, "au feeling", se fondant non sur une réflexion, mais sur des impressions ; non sur une philosophie, mais sur des sentiments. Au risque que les électeurs aient le sentiment, eux, que rien de tout cela n’est pas bien sérieux…

Les alliances droite-FN sont-elles possibles ?

Lu le livre « La droite la plus repentante du monde » (Le Rocher) du député UMP Jérôme Rivière, que j’ai interviewé cette semaine dans VA. « Il est temps d’en finir, écrit-il, avec le « cordon sanitaire » placé autour du FN. Sauf à faire éternellement le lit de la gauche, laquelle, par ses dérives, menace aujourd’hui l’identité de la France ». Revenant dans son livre sur les expériences (réussies) de Dreux (liste RPR-UDF-FN en 1983) et de la région PACA (cogestion Gaudin-FN dans les années 80, accords de désistement aux législatives…), Rivière estime que ces alliances devraient être renouvelées. « Tout doit être fait pour empêcher le retour de la gauche, celle de tous les abandons et des déclins irréversibles », ajoute-t-il. Selon les sondeurs, plus de 70 % des électeurs FN et près de 40 % des électeurs UMP y sont favorables. Qu’en pensent les internautes ?

C’est ça la France !

On peut le faire puisque la SNCF l’a fait. Un super record du monde battu par le TGV, mardi 3 avril, à plus de 574 km/heure sur la ligne Est. La SNCF a donc été capable de mobiliser ses équipes d’ingénieurs, de techniciens, de conduite, comme Alstom pour sa superbe rame et le Réseau Ferré de France pour les rails sur lesquels a été établie cette prouesse. La France ressemble-t-elle à la SNCF qui peut à la fois se mettre en grève systématiquement aux changements d’horaires, à l’automne comme au printemps, et mettre en œuvre les motrices les plus rapides du monde ? Réponse : oui, c’est ça la France. La question posée par cette campagne présidentielle, c’est justement de libérer ce pays, capable de telles réalisations, des freins qui le retiennent. Libérer l’énergie, la puissance, l’innovation ! Un record du monde ne se prépare pas au rythme des 35 heures ; une nation ne se mobilise pas sur la réduction du travail. La nageuse Laure Manaudou n’est pas championne du monde sans un entraînement intensif, permanent, obstiné. Ce pays a besoin d’être entraîné et d’avoir un entraîneur capable de le faire sortir de lui-même. Le TGV c’est la France qui gagne. L’élection présidentielle peut être un moment décisif pour remettre la France sur les rails et la lancer à grande vitesse. On peut toujours rêver.

Face aux violences, les limites de Bayrou

« Ni trop laxiste (sous-entendu : comme la gauche), ni trop répressif (sous-entendu : comme la droite) ». La réaction de François Bayrou aux émeutes de la gare du Nord illustre bien les limites du « ni-ni » du candidat centriste. Les images de la gare, et de ses usagers « normaux », pris en otage par des centaines de voyous (dont on apprend aujourd’hui qu’ils squattent toute la journée cette enceinte) ont, comme l’a dit Nicolas Sarkozy, marqué un « tournant » dans cette campagne. Pas seulement en faisant ressurgir la thématique – plus enterrée par les médias qu’oubliée par les Français – de l’insécurité. Voilà les candidats à l’investiture suprême placés devant une question simple : que fait-on pour empêcher que se reproduisent de tels faits (qui se produisent tous les jours en banlieue dans un grand silence médiatique) ? « Plus d’ordre ! », répondent le candidat de l’UMP et Jean-Marie Le Pen. « Ecouter les jeunes ! », répond Ségolène Royal. « Entre les deux », répond Bayrou. C'est-à-dire rien. Le candidat UDF est un champion du diagnostic. Pas des réponses. Or c’est cela qu’attendent les Français.

Cohérence

Dans sa récente exhortation apostolique Sacramentum caritatis, Benoît XVI appelait tous les baptisés, et plus particulièrement les responsables politiques, à la « cohérence », leur rappelant qu’il est impossible de reléguer leur foi à la sphère privée, sans incidence aucune sur leurs prises de position concernant ces « valeurs non négociables » que sont « le respect et la défense de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle, comme la famille fondée sur le mariage entre homme et femme, la liberté d'éducation des enfants et la promotion du bien commun sous toutes ses formes ». Le moins qu’on puisse dire est que cette cohérence n’est pas toujours observée, loin s’en faut, dans la classe politique française, par ceux qui se réclament de la foi ou de la culture chrétienne. Prenons François Bayrou, par exemple (on pourrait en trouver d’autres), catholique pratiquant et indéniablement homme de foi sincère. Dans le grand portrait du candidat centriste publié dans son édition du 21 mars, et justement nommé François Bayrou et son double, le Monde rappelait cette déclaration de l’homme qui murmure à l’oreille des tracteurs : « Mon engagement chrétien est plus important que mon engagement politique. Et je ne tiens pas à ce qu’ils se mélangent. » Incarnation de cette « séparation entre les ordres » (c’est le nom que François Bayrou donne à cette schizophrénie) qui veut qu’il y ait d’un côté le croyant, de l’autre le politique qui fait comme si le croyant n’existait pas, sa position sur l’avortement, rappelée par le Monde : contre en privé, pour en public. Comme de juste, cette séparation des ordres ne marche que dans un sens : imagine-t-on un libre-penseur s’abstenir de défendre l’avortement pour ne pas mélanger son engagement politique avec ses convictions philosophiques ? Impensable, bien sûr : les adversaires de la foi et de la culture de vie n’ont nul besoin, eux, qu’on les rappelle à la cohérence, ils en ont bien compris, et de longtemps, la redoutable efficacité.

Identité nationale

Créer un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. En associant les deux thèmes dans une même proposition, Nicolas Sarkozy a réveillé l’indignation des belles âmes. François Bayrou moque ce prurit nationaliste, et Ségolène Royal, bien qu’elle ait entonné la Marseillaise, s’interdit de lier l’un et l’autre. Et pourtant ! Il suffit de lire l’essai de Maxime Tandonnet, qui fut conseiller de Sarkozy au ministère de l’Intérieur, pour prendre la mesure du problème. Son titre : Immigration, sortir du chaos (Flammarion). « De manière très sommaire, écrit-il, l’apport “allogène” (de l’extérieur) à la population française serait d’environ 300 000 personnes chaque année (solde migratoire de 200 000 migrants plus 100 000 naissances), en face de 700 000 naissances “endogènes”, issues de deux parents français (…) A long terme, si les tendances démographiques du début des années 2000 se prolongent, la France devrait évoluer vers une situation où les migrants et leurs descendants constitueront environ 30% de sa population ». Le paragraphe dont sont tirées ces lignes s’intitule : « Un peuple en mutation ». Qui peut nier que cette mutation ait des conséquences sur l’identité de la nation ? On répondra qu’il suffit d’“assimiler” ces nouveaux venus. Est-ce possible ? Et qui le veut encore ? De droite ou de gauche, les gouvernements se l’interdisent depuis vingt ans, au nom du “droit à la différence”. Le résultat ? Une société “multiculturelle” où chacun, désormais, se méfie de tous. Une société de communautés juxtaposées, qui est l’exact contraire d’une nation.

Et la famille ?

Il fut un temps où la famille était le pont aux ânes des campagnes électorales. Chaque candidat y allait de son couplet sur « la famille, cellule de base de la société », pour mieux éviter de traiter le sujet, mais enfin, il en parlait. Cette fois, la question est aux abonnés absents : la seule famille qui semble avoir le droit de cité semble être la famille homoparentale avec, à la clé, le droit au mariage et à l’adoption pour les couples de même sexe… Mais la famille qui sert à repeupler la France et, accessoirement, à payer les retraites, la famille qui est le premier investissement d’avenir pour une collectivité en ces sens qu’elle assure à la fois sa pérennité matérielle et le maintien de son identité (eh oui …), cette famille là, semble avoir disparu des préoccupations. Certes, des candidats comme Le Pen ou Villiers ne la négligent pas dans leurs programmes, mais jamais, dans les débats, le sujet n’est abordé… Es-ce la preuve que, plus ou moins consciemment, les « Princes qui nous gouvernent » se résignent à compter sur les immigrés pour assurer la relève démographique d’un pays qui, depuis le milieu des années soixante dix, ne renouvelle plus ses générations ? Peut-être. Mais alors qu’ils aillent au bout de leur raisonnement. Si une campagne ne sert pas à aborder des sujets tels que celui-ci, à quoi peut-elle bien servir ?

Et si c’étaient les « petits » candidats qui faisaient l’élection ?

Rencontre, jeudi, avec un l’un des directeurs d’un grand institut de sondage. Il me parle sans langue de bois. Selon lui, c’est maintenant (que l’on connaît la liste de tous les prétendants) que la « vraie campagne » commence. « Avant, me dit-il, c’était virtuel, aujourd’hui, c’est réel ». Et puis, surtout, les huit « petits candidats » vont venir « turbuler » l’élection. « C’est mécanique, assure-t-il, grâce à leur nouvelle lisibilité et à l’égalité de temps de parole, ils vont récupérer cinq à six points au détriment des quatre grands candidats. » Frédéric Nihous, le candidat des chasseurs, fera évidemment plus que ses actuels 0,5 %, Villiers davantage que ses 1,5 %, Voynet sera au-dessus de ses 1 % etc. Qui, parmi les « grands candidats » risquent d’en pâtir le plus ? « Royal, d’abord, parce que six « petits candidats » sont de gauche ; Bayrou, ensuite, parce que son électorat est le plus volatil. » Bref, l’ordre d’arrivée des quatre « grands », le 22 avril, dépendra, en partie, du score des « petits ». Surtout si, comme on le murmure à l’Elysée, « le ticket d’entrée pour le second tour se jouera à moins de 25 % ». Bref, tout est plus que jamais possible !

Le candidat du Cac 40

C’est fait ! L’épithète est lâchée comme une injure suprême ! Nicolas Sarkozy est qualifié, tant par les socialistes que par François Bayrou, de candidat du Cac 40. Injuste, pour un homme qui se scandalise que les sociétés qui restructurent puissent distribuer des dividendes ! Néanmoins, le plus étrange dans cette affaire est qu’il puisse paraître infâmant d’être le candidat des champions, des meilleurs, des entreprises françaises qui ont réussi à s’imposer sur la scène internationale. Etre le candidat des PME, c’est mieux. Mais à quoi bon, si ce n’est pour les aider à grandir ? Mais non ! Dans ce pays, il est déshonorant de s’intéresser au succès, suspect de nourrir l’ambition d’être meilleur que les autres, de créer davantage de richesses. Pour mériter la considération, il faut rester petit et ceux qui ne campent pas sur le canal Saint Martin n’ont qu’à s’excuser de s’être débrouillés pour loger décemment leur famille. Tant mieux pour nos concurrents ! Tandis que les Français se réjouissent des malheurs de Total (au Cac 40) et de son président, les pétroliers anglo-saxons consolident leur domination mondiale. Pourtant ce sont les mêmes qui fustigent le CAC 40 et défendent le monopole d’EDF, veulent le fusionner avec Gaz de France, deux sociétés du Cac 40 et vouent aux gémonies leur prétendu candidat. Il est vrai qu’il veulent renationaliser ces deux entreprises. Car dans dans la bonne tradition héritée de Louis XIV, il n’y a qu’une entité qui ait le droit d’être grande et puissante en France, c’est l’Etat.

Qui parle d’Europe ?

Toute l’Europe se réunit à Berlin pour célébrer le cinquantenaire du traité de Rome. A Berlin ! La ville symbole de la guerre civile européenne, celle où s’est déclenché le pire des cataclysmes du XXème siècle, est ainsi devenue la capitale d’une Allemagne réunie, pacifiée, accueillante, européenne. En cinquante ans, l’Union née à Rome est passée de six à vingt-sept membres. A-t-elle grandi trop vite ? Cette construction a subi un coup d’arrêt brutal, le 29 mai 2005, quand les Français, suivis par les Néerlandais, ont dit non par referendum au traité constitutionnel. Depuis, tout est suspendu. Les trois candidats en tête des intentions de vote, Sarkozy, Royal et Bayrou, avaient tous voté oui ; cela ne les empêche pas d’être maintenant les favoris. Mais n’est-ce pas parce qu’ils ne parlent plus de l’Europe ou quasiment pas ? Le plus fédéraliste des trois, François Bayrou, n’y fait que des allusions sommaires, comme si cela ne faisait plus partie de la campagne. Mais quelle importance après tout ? Pour l’essentiel, c’est à Bruxelles que se décident les grands choix qui dictent nos politiques nationales. En cinquante ans, les institutions européennes ont pris le pas sur les nôtres dans la plupart des domaines.

Les « vrais gens » plutôt que les sondages

Impressionnante plongée chez les « vrais gens » hier dans l’Aisne. En 2002, Le Pen était arrivé largement en tête en tête au premier tour chez ces paysans pauvres, patrons de café, employés smicards, ouvriers retraités et jeunes au chômage. Jusqu’à 60 % dans certaines communes ! Eh bien, j’en ai acquis la certitude à l’occasion d'un reportage où nous avons discuté avec des dizaines de personnes : Le Pen, cette fois encore, va faire exploser les compteurs. Ici, pas de tentation Sarkozy, « le candidat des riches et des villes ». A peine un intérêt pour Bayrou : « Au moins lui, il connaît la terre ». Une hostilité absolue à la gauche : « elle s’intéresse plus aux délinquants et aux immigrés qu’à nous. » Tout le monde dans le même panier, ou presque. « A la télé, ils me font rigoler avec leurs promesses. Tout ce qui les intéresse, c’est le pouvoir. » Les mêmes qui avaient voté pour Le Pen en 2002 s’apprêtent donc à récidiver. En se cachant à peine. « Lui au moins, disent-ils, on ne l’a jamais essayé. Peut-être que ce sera moins pire qu’avec les autres. » J’ai été surpris par leur colère et leur détermination. Nous ferions bien, nous autres journalistes, de nous détacher un peu des sondages et de nous intéresser plus aux « vrais gens ». Lesquels, disent-ils, ne sont « jamais sondés ».

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