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« Tant d’argent d’un côté ! »

Comme chaque année les bénéfices du « Cac 40 » suscitent de nombreux commentaires révélateurs de l’inculture économique. Ainsi cette semaine, ce sont les 100 milliards de bénéfices réalisés par les plus grands groupes français qui scandalisent les âmes sensibles. Ainsi, Ségolène Royal : « Ce qui me choque, c’est qu’il y ait tant d’argent d’un côté et autant de dégâts sociaux de l’autre » confie-t-elle aux Echos de ce matin. C’est vrai qu’avec ces 100 milliards ont pourrait financer trois fois les 100 propositions de son programme de Villepinte ou encore combler deux ans et demi de déficit budgétaire. Mais 100 milliards de bénéfices, ce sont aussi des dizaines de milliard d’impôt sur les sociétés. Et des milliards d’investissement qui permettent au pays de compter quelques uns des plus grands groupes mondiaux en dépit de sa taille relativement modeste (1% de la population mondiale). Il y a aussi, c’est vrai, les dividendes. Un scandale pour beaucoup. Mais là encore, l’Etat en profite avec ses 80 % dans EDF et Gaz de France et toutes les participations qu’il détient indirectement par le biais de la Caisse des dépôts. Et puis, est-il si scandaleux que des épargnants qui confient leur argent à une entreprise puisse en tirer quelques revenus, ne serait-ce que pour compléter des retraites que l’Etat s’apprête à réduire ? Tous nos hommes et femmes politiques pleurnichent sur le sort d’Airbus et prônent une augmentation de capital d’EADS. Peuvent–ils en même temps refuser aux actionnaires de percevoir un dividendes ? Les actionnaires sont des imbéciles et des mal élevés disait un chef d’entreprise allemand, parce qu’ils confient leur argent aux entreprises et osent leur réclamer des revenus. Ségolène Royal veut-elle mettre fin à ce scandale ?

Nervosité socialiste.

Les dirigeants du parti socialiste sont en train de se mordre les doigts. Même ceux qui, connaissant bien les défauts de Ségolène Royal (son arrogance naturelle, son côté ultra personnel, son individualisme), s’étaient néanmoins ralliés à elle. Ils avaient un motif pour cela : elle était, estimaient-ils, la seule à pouvoir battre Nicolas Sarkozy. Ils y ont cru jusqu’à la mi-février. Aujourd’hui, leur problème, c’est : comment battre Bayrou avant de pouvoir affronter Sarkozy. Et là, les mêmes stratèges se demandent si leur choix était judicieux, car non seulement Ségolène Royal n’a pas vraiment rebondi depuis son « trou d’air » de janvier, mais Bayrou et elle se disputent le même électorat à la marge, avec un avantage évident pour le centriste (qui se bat sur le thème « moi je ne changerai rien »). Fabius et Strauss-Kahn, que Ségo avait battus en primaire, tentent de trouver des issues de sortie honorables, l’un au centre, l’autre à gauche. Mais même ici, quand on voit Bayrou se faire acclamer en banlieue, on doit bien constater que l’extrême gauche, autrefois toute puissante sur ce terrain, n’a laissé que des vides derrière elle. Bref, Nicolas Sarkozy doit regarder ces déchirements avec un certain détachement – consolidant dans le même temps sa légitimité à droite.

Aimer la France

On attendait un bilan politique, on a eu une déclaration passionnée d’amour de la France et des Français. A écouter les adieux de Jacques Chirac, dimanche soir, on ne pouvait s’empêcher de penser à la phrase de Pierre Reverdy : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. » L’amour de la France est une fleur délicate et éphémère, qui s’épanouit par centaines en période électorale, pour connaître dans les mois et les années qui suivent une irrémédiable et désolante éclipse. Car les preuves d’amour, il faut bien dire qu’on les attend, de quelque bord qu’elles viennent, comme la jeune ingénue attend le retour du beau parleur frivole et parjure qui l’a séduite avec des paroles d’éternité, pour ne plus jamais revenir. Où est l’amour de la France quand on lui refuse les moyens d’être elle-même, de protéger son visage et sa population ? Où est l’amour de la France, quand on célèbre la quête d’identité de la moindre peuplade d’Asie centrale et qu’on culpabilise les Français dès qu’ils tentent de faire valoir leur culture, leurs valeurs, leur histoire ? Où est l’amour de la France, quand on refuse de lui donner les moyens de la puissance, pour la fondre toujours plus dans des ensembles supranationaux où sa voix se perd chaque jour davantage ? Où est l’amour de la France, quand la défense du bien commun est abandonnée au profit d’une accumulation de politiques catégorielles, qui interdit aux Français de se penser comme un peuple solidaire, doté d’une communauté de destin ? « Aime et fais ce que tu veux », disait saint Augustin. Il semble, s’ils connaissent cette maxime, que nos politiques l’aient comprise de travers.

Les compteurs à zéro !

Trois conversations téléphoniques avec trois directeurs d’instituts de sondages ; trois sons de cloche différents ! Pour le premier, la dynamique Bayrou est en marche : sa présence au second tour constitue une forte probabilité et, quel que soit son adversaire, il dispose de chances sérieuses de l’emporter. Pour le second, le soufflet est à son paroxysme. Il ne peut donc que se dégonfler… Pour le troisième, très socratique : « Je ne sais qu’une chose : c’est que je ne sais rien ». Donc acte. En fait, ce désarroi est révélateur du nouveau départ de la campagne. Le fait qu’elle ne comporte plus seulement deux favoris, mais trois, remet en quelque sorte les compteurs à zéro. Surtout si un quatrième – celui qu’on ne voit jamais venir ! – se met de la partie… Finis, désormais, les écarts de 10 points entre les principaux candidats : tout pourrait bien se jouer dans un mouchoir de poche… Pour le plus grand bénéfice de la démocratie qui se joue toujours des scénarios écrits d’avance.

ISF : la preuve par l’absurde

Qu’est qui est plus scandaleux ? Que Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal soient pris en flagrant délit de sous-évaluation de leur patrimoine pour leur déclaration à l’ISF où que les détails de leur vie privée soient donnés en pâture au public et que tous deux soient contraints de justifier, qui le paiement de son escalier, qui la surface de son jardin ou l’état de sa résidence secondaire ? Il n’est certes pas convenable que des responsables qui aspirent à diriger l’Etat, fraudent l’impôt. Il n’est pas non plus très normal qu’ils soient obligés de compter leurs petites cuillères en argent et d’étaler leurs affaires de familles devant les médias. Pourtant, si les Français peuvent comprendre, sans l’approuver, le penchant naturel des candidats à dissimuler une partie de leur patrimoine au fisc, ils ne compatissent sûrement pas à la situation embarrassante dans laquelle ils se sont mis. Il y a quelque jubilation à voir nos deux candidats, qui, l’un comme l’autre, ont défendu l’ISF comme un impôt juste, affirmant qu’ils ne le supprimeraient pas s’ils étaient élus, se voir aujourd’hui pris au piège de l’absurdité de son absurdité. Et les Français qui doivent le payer sont tout pareillement victime de ce viol de leur vie privée qui atteint aujourd’hui nos deux candidats. La différence, c’est que eux, ne l’ont pas cherché puisqu’ils ne se posent pas en modèle de vertu et d’intelligence et ne briguent pas les suffrages de leurs concitoyens. On peut toujours rêver que les persécutions dont sont victimes Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy leur feront comprendre la nécessité de supprimer l’impôt imbécile !

Les gagnants de la présidentielle

Le scrutin majoritaire uninominal à deux tours est à l’agonie. Les députés qui seront élus au mois de juin selon ce mode de scrutin seront les derniers. La mort du scrutin majoritaire, on la devra à François Bayrou. Il n’y a en effet que deux hypothèses : ou bien il est le troisième homme du premier tour de la présidentielle – et il faudra négocier avec lui pour le second tour – ou bien il est second et dans ce cas, il sera élu et fera ce qu’il veut. Dans l’une ou l’autre hypothèse, Bayrou tuera le majoritaire pour le remplacer par la proportionnelle (avec une dose de majoritaire). Parce la proportionnelle est le seul procédé qui permette d’écraser les partis majoritaires et de gonfler les autres : du Front national au parti communiste en passant par les Verts et les trotskistes, tout le monde gagne, à commencer par l’UDF, quand l’UMP et le PS sont assurés de perdre des sièges. Alors Bayrou pourrait dégager ces majorités d’idées entre le centre UDF et tantôt la droite ou tantôt la gauche, comme il ne cesse de le répéter dans la campagne. Autrement dit, dans la position qui est maintenant la sienne selon les enquêtes d’opinion, Bayrou joue gagnant à tous les coups. Car même s’il n’était pas troisième mais devancé par Le Pen, son équation ne changerait pas. Que Le Pen se trouve en situation de négocier ses voix entre Royal et Sarkozy, il obtiendra lui aussi la proportionnelle ! Bref, de cette présidentielle, il faut attendre un bouleversement de notre paysage politique.

Vu de l’Empire State Building…

Une semaine passée à l’étranger, en l’occurrence à New-York, vous fait voir l’actualité française du point de vue de Sirius. Particulièrement, du haut de l’Empire State Building… Déformation professionnelle oblige, bien qu’étant en vacances, je n’ai pu m’empêcher de consulter la presse locale, histoire de vérifier si notre campagne électorale suscite quelque intérêt chez nos confrères américains, et si les poncifs « made in USA » sur notre cher et vieux pays courent toujours. Las, quelle déception pour notre amour-propre : les articles consacrés à la bande des trois, Sarko, Ségo, Bayrou, tiennent une place moins qu’honorable dans la rubrique étrangère. Pas de points de vue très originaux, non plus, si ce n’est une certaine curiosité, voire une sorte de sympathie amusée pour François Bayrou, au motif qu’il appartient à la France rurale et qu’il est, entre autres, éleveur de chevaux de course, profession apparemment mieux vue que celle de bureaucrate issu de l’ENA… Voilà pour la leçon d’humilité. Un séjour à Manhattan permet aussi de prendre quelque distance avec notre sempiternelle propension à s’auto flageller. Non, Paris n’a pas de quoi rougir face à New-York ! Allons plus loin : Paris est une ville resplendissante, fabuleusement propre, magnifiquement entretenue, et, malgré tout, moins embouteillée que la « capital of the world », aux immeubles noirs de crasse, aux avenues creusées de cratères dignes de Dar es Salam, aux trottoirs jonchés de sacs poubelle et hantés par des SDF apparemment plus miséreux que les nôtres. Dernier motif de satisfaction : dans la rue, le nombre d’autochtones comprenant ou parlant un peu le français semble, dans certains quartiers tout du moins, plus important que ceux parlant l’américain. Me le confirmait un New-Yorkais : on peut passer toute sa vie dans la « Grosse Pomme » en ne parlant que l’espagnol, le chinois, ou toute autre langue que celle d’Edith Wharton et d’Henry James …

Pitié, n’oubliez plus M. Gauss !

L’agaçant avec les sondages, c’est de leur faire dire ce qu’ils ne veulent pas dire, de voir bâtir des stratégies et des carrières sur la magie des chiffres. Que valent ces avalanches de pourcentages si l’on oublie leurs limites et la petite cuisine qui accompagne leur fabrication et leur exploitation ? Un sondage juridiquement inattaquable devant la Commission des sondages peut être biaisé de bout en bout : par le moment choisi - « l’agenda » du sondeur et pas celui du sondé -, le vocabulaire employé, l’ordre des questions, l’emploi de questions négatives, le redressement des chiffres bruts et l’oubli des questions annexes qui relativisent le résultat obtenu. Les sondeurs ou les médias oublient aussi trop souvent de présenter deux paramètres majeurs pour interpréter sérieusement un résultat : les non réponses (« ne se prononcent pas ») qui peuvent modifier radicalement une tendance, surtout dans un résultat serré ; et l’inévitable marge d’erreur (la célèbre courbe de Gauss) qui peut tout autant valider qu’inverser un résultat. Grâce à M. Gauss, on sait qu’un 48%-52% sur un panel de 800 sondés doit se comprendre avec une marge d’erreur de 3%. Et que tel qui croyait atteindre le nirvana des 52% peut stagner sous les fatidiques 50%. Ou inversement… Pitié, n’oubliez plus M. Gauss !

Qui sème le vent…

2002, cinq ans déjà ! Entre les deux tours de la présidentielle, des cortèges déferlant dans la rue avec des panneaux : « Le fascisme ne passera pas ! » « Hitler revient ! » et j’en passe. En cause : la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Aujourd’hui, la leçon a porté : désignés, voici cinq ans, comme autant de fourriers du fascisme, les maires qui avaient donné leur signature à Le Pen, hésitent ou s’abstiennent ! Et les mêmes qui jetaient des milliers de lycéens dans la rue pour conjurer une menace qui n’existaient que dans leur pauvre imagination, crient à au déni de démocratie parce que Le Pen n’aurait pas ses signatures et qu’il faudrait l’aider à les obtenir… On comprend l’inquiétude des partis « de gouvernement », à commencer par l’UMP: si les 5 millions d’électeurs lepénistes de 2002 se mettent à voter Jeanne d’Arc parce qu’on empêche leur porte-parole d’aller aux urnes, bonjour les dégâts ! Mais il faut aussi se mettre à la place des maires. D’autant que, depuis, 2002, il y a eu la publication obligatoire des parrainages – le vrai déni de démocratie, le voilà ! - sans compter la décentralisation, la généralisation des comités de communes et autres syndicats d’intérêt locaux qui font qu’un maire n’est plus indépendant : le moindre de ses actes est soumis au regard du voisin. Donc à ses rétorsions. « Tu as donné ta signature à le Pen. Eh bien tu repasseras pour la subvention de ta piscine ! » Alors, risquer de devenir le mouton noir de ses pairs pendant encore un an (voire sept, pour les maires qui ont décidé de se représenter en 2008)… Et puis, pour ceux qui auront signé, il n’y aura pas d’instance d’appel. On imagine le maire de droite ayant sauté le pas, dire à son président de Conseil régional (de gauche dans 20 cas sur 22) : « J’ai signé parce que M. Un tel de l’UMP m’a demandé de le faire…»…

Mamère démission !

Le mensonge proféré au nom de la démagogie et du « politiquement correct » est proprement stupéfiant. La semaine dernière, Noël Mamère se rend au siège d’AOL pour y être interviewé par Karl Zéro. Les deux hommes sont filmés en train de discuter avant l’émission : « Je suis d’autant plus en forme que je suis venu de la République en vélo et qu’avec le vent, ce n’était pas simple, explique Mamère. J’ai fait beaucoup d’effort, je suis en forme. » Et ce grand « donneur de leçon » d’ajouter, entre autre : « On me donnerait une voiture que je ne l’accepterai pas… » Problème : une caméra l’a filmé, dix minutes plus tôt, arrivant en… voiture ! La vidéo circule sur Internet (voir ci-desous), mais personne, chez les Verts, n’a réagi. Ah !, comme j’aimerai être électeur à Bègles (où il se représentera tranquillement aux législatives) en juin prochain… Seul inconvénient s’il est battu : il risque de revenir à la télévision (bien silencieuse sur cette affaire)… Aux Etats-Unis, un élu coupable d’un mensonge aussi médiocre aurait du, sous la pression des médias et de son parti, quitter ses fonctions dans la journée ! Pas en France. Pourquoi ?

Au feu les isoloirs

C’est une valse à deux temps. Premier temps : Alain Duhamel est suspendu d’antenne pendant la campagne présidentielle pour avoir affiché sa préférence pour François Bayrou. La sanction est absurde et hypocrite, puisque quantité de chroniqueurs font campagne pour tel ou tel plus ou moins ouvertement, mais enfin il n’y a pas mort d’homme, Alain Duhamel s’en remettra et les téléspectateurs aussi. Deuxième temps : sur France Culture, Philippe Meyer, pour éviter que la mésaventure d’Alain Duhamel se reproduise, imagine une règle simple : « que chaque journaliste chargé de suivre les affaires publiques déclare sans haine et sans crainte pour quel candidat il penche » – lui-même confessant aussi sec son penchant pour Bayrou. Libre à Philippe Meyer de rêver d’un monde enchanté où on l’on puisse dire sans crainte, ni surtout sans conséquence professionnelle, pour qui l’on vote, un monde où cela ne poserait pas plus de souci à un journaliste politique du Figaro d’avouer sa sympathie pour Bové qu’à un chroniqueur de Libé de confesser que tout compte fait, c’est Sarko qui lui semble le plus crédible, sans parler de ceux (on serait surpris de savoir où ils vont se nicher) qui en tiennent pour Le Pen, qui n’auraient pas à choisir entre le mensonge et la porte. Mais pourquoi en rester là ? Chaque citoyen ne devrait-il pas assumer son vote comme demain chaque journaliste, comme déjà chaque maire est tenu d’assumer son parrainage ? Au feu les isoloirs, vestiges obsolètes des temps obscurantistes où le secret était considéré comme un refuge des libertés, le voile sacré du mystère de chacun. Voici venu le temps purifié de la transparence où, tout individu étant sommé d’assumer ses positions, ne pourra plus survivre qu’un seul extrémisme : l’extrémisme du centre.

Y a-t-il un bayrouiste dans la salle ?

Qui croire ? Trois RV ce vendredi, trois sons de cloche différents ! Le patron d'un institut de sondage qui m'annonce que dans sa prochaine étude Sarkozy va se tasser, Royal progresser et Bayrou continuer à grimper. Un membre de la garde rapprochée de Sarkozy, rencontré à son QG de la rue d'Enghien, qui, pourtant par nature pessimiste, ne croit "absolument pas" qu'il puisse, au final "dépasser les 10 %" et qui, me dit-il, "sera derrière Le Pen". Enfin le collaborateur d'un ministre important qui, lui, voit carrément "Le Pen à 23 %" et Bayrou à "8-9 %". Difficile de s'y retrouver. Une certitude cependant : Bayrou, pour l'heure, est d'abord un deuxième choix - aussi bien pour les électeurs de Sarko que ceux de Ségo, voire pour ceux de Le Pen. Raison pour laquelle il l'emporte systématiquement au second tour : ses voix du premier tour s'ajoutant à celles de celui, quel qu'il soit, qui a été éliminé. C'est sa force. C'est aussi sa faiblesse. Ce que m'a confirmé une discussion entendue cette même semaine au comptoir d'un café (où l'on apprend souvent plus de choses que dans les couloirs de l'Assemblée). Trois "piliers" de comptoirs discutent de la présidentielle : un pro-Sarko, un pro-Le Pen, un pro-Bayrou. Les deux premiers, très sûrs d'eux, assument leur choix. Le premier au nom de l'efficacité. Le second au nom de ses idées. Et le troisième... parce qu'il a du mal à choisir entre les deux autres. "Sarko, il est trop sûr de lui, dit-il. Le Pen, je ne l'aime vraiment pas, quant à Royal, pas question !" Bref, électeur de Bayrou, peut-être ; mais bayrouiste, sûrement pas ! C'est par rapport aux deux autres qu'il se prononçait. Or au premier tour - Bayrou n'y peut rien, c'est ainsi - les Français choisissent, quant au deuxième ils éliminent. Bayrou, en clair, est un excellent candidat de second tour. Pas de premier. Au risque de me "planter grave", comme dirait mon fils, je me mouille donc : je ne crois pas que le candidat UDF (dont plus de 2/3 des "électeurs putatifs" disent pouvoir changer d'avis) puisse jouer les vrais trouble-fêtes de cette élection. A peine ai-je écrit ça, que déjà, je le regrette un peu : et si, comme ces sondages qui jouent aux "yoyo", je changeais d'avis demain ?

Nounou ou chef d’Etat ?

En la regardant répondre à cet étrange échantillon de Français réuni pour Ségolène Royal lundi soir, on se posait la question : les électeurs voudront-ils une nounou ou un chef d’Etat ? Le bon sens populaire n’a pas disparu. Aussitôt après l’émission, « Le Parisien » interrogeait, comme il le fait tous les jours, des « gens de la rue », ni plus ni moins représentatifs que ceux de l’échantillon. Quatre sur cinq n’ont pas été convaincus : « J’ai beaucoup de mal à la voir incarner la France sur la scène internationale ». « Je me demande toujours quels outils elle mettra en place pour cette fameuse croissance économique… » « Elle ne m’a pas entraînée dans sa vision ni vraiment emballée. » « J’ai surtout eu le sentiment qu’elle faisait dans le larmoyant et le spectacle… » Quelle que soit la question qu’on lui pose, on a toujours raison ! Il a raison celui qui demande des sous-titres pour les malentendants, elle a raison celle qui réclame de meilleures retraites, il a raison celui qui veut de l’agriculture biologique, elle a raison celle qui demande des loyers moins chers et des allocations plus élevées… Et même celui qui traite les politiques de fumistes finit aussi par avoir raison ! D’un chef d’Etat on attend qu’il soit capable de dire non pour défendre une conviction et faire partager une ambition à tout un peuple. Mais il est plus facile de porter le Smic à 1 500 euros que de prolonger la durée du travail.

Recherche assistante sociale, désespérément

Ségolène Royal face aux "Français représentatifs", hier soir sur TF1. Plus que les réponses de la candidate, ce sont les questions qui frappent. Elles semblent toutes se ramener à une problématique unique : qu’est-ce que l’Etat peut faire pour mon petit cas particulier ? Comme s’il s’agissait moins d’élire un président de la République que de recruter une assistante sociale. Ma sœur se drogue : que va faire l’Etat ? Ma fille est muette : comment comptez-vous y remédier ? Lorsque Ségolène s’approcha du handicapé coincé dans son fauteuil roulant, on s’attendait presque à ce qu’elle prononce les mots miraculeux : « Royal te touche, Dieu te guérit. » Pas un de ces intervenants ne semblait soupçonner que ce n’était peut-être pas à l’Etat de résoudre ses problèmes privés. Qu’il s’agisse de Ségo ou de Sarko, leurs interlocuteurs semblent ne plus savoir ce qu’est la politique, art du bien commun qui embrasse et dépasse les intérêts particuliers. L’homosexuel de service pose sa question sur l’homoparentalité, le retraité se préoccupe de sa retraite, le patron de PME de l’avenir de sa PME, le Français d’origine africaine, du colonialisme. Tout sauf innocents de cette disparition du politique, les candidats s’y engouffrent avec délectation, multipliant les engagements catégoriels qui font les cauchemars de leurs préposés au chiffrage : celui du PS a démissionné avec fracas, ceux de l’UMP supplient Sarkozy de mettre un bémol à ses promesses. Quant aux réponses de la candidate socialiste, je ne me hasarderai pas à les commenter, ayant décidé au bout de trois quarts d’heure d’émission d’en revenir à mon plan initial : me replonger, à deux jours du carême, dans les Evangiles. Un livre, lui aussi, plein de promesses, mais qui s’adressent à tout homme. Et celles-là, au moins, ne seront pas trahies.

Pauvre Alain Duhamel

Pauvre Duhamel ! Si prudent, si consensuel et pourtant épinglé par les surveillants généraux de l’information impartiale pour deux secondes enregistrées à son insu : « Je voterai pour Bayrou. » Scandale ! Et voilà le chroniqueur au piquet pour manquement au devoir de réserve sur le service public, suspect de partialité, comme une vulgaire compagne de ministre. Drôle d’époque. Après avoir tout permis, ou presque, les censeurs de la télévision réclament des sanctions, s’entourent de mises en garde très déontologiques, comme si les idées un tant soit peu personnelles faisaient peur, comme si la sincérité créait le scandale. L’expression d’une opinion privée sur les affaires du monde semble choquer le service public. Pourquoi pas ? Mais pourquoi alors ne pas passer tous les animateurs au tamis et interdire d’antenne ceux qui osent livrer leurs préférences politiques ? S’il n’en fallait qu’un… Ruquier, par exemple. Sur France 2, il vient d’animer le pénible lynchage public du pauvre Doc Gynéco – sarkophile hébété – mais aussi d’affirmer avec force et complaisance ses « choix de gauche ». Pour faire bonne mesure, ajoutons un Polac, sémaphore vigilant des « dérives droitières » sur le service public, ou aussi… Stop ! Les listes du Goulag, ce n’est pas mon genre. S’adresser en face.

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