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Décalage

Pour une fois, difficile de ne pas être d’accord avec Libé de ce jour, même si on n’en tire pas les mêmes conclusions : comment ne pas relever la contradiction entre la volonté affichée par Nicolas Sarkozy d’extrader vers son pays une ancienne terroriste italienne, ce qui est aussi conforme à la bonne politique qu’à la justice et à l’état de droit, en même temps qu’il continue à proposer l’accueil en France des membres des Farc ? Personne ne le lui demande, et surtout pas les Colombiens, qui ont un programme de réinsertion des terroristes repentis qui a largement fait ses preuves. Un signe de plus de l’incompréhension française de la situation colombienne, qui a condamné à l’échec toutes les initiatives de Paris dans l’affaire Betancourt. Autre signe de ce décalage, qui confine au choc des cultures : on se souvient du tollé suscité en France par les déclarations, pourtant pas révolutionnaires, de notre président au Latran sur les racines chrétiennes de la France et l’apport des catholiques à l’esprit public. On comprend donc la surprise et l’embarras qui ont saisi les bonnes consciences de gauche quand elles ont vu leur icône absolue, à peine descendue de l’avion qui la ramenait de la jungle colombienne, se mettre à genoux à même le tarmac pour remercier la Sainte Vierge. Encore les médias français avaient-ils passablement occulté les déclarations du président Uribe, lequel avait salué « cette opération qui s'est déroulée à la lumière du Saint Esprit et a été placée sous la protection de Notre Seigneur et de la Vierge ». Le jour où un président de la République française saluera une intervention de l’armée française par une déclaration de cette eau-là, alors oui, les intégristes de la laïcité auront du souci à se faire. On en est assez loin.

La Grande Muette

La démission du général Bruno Cuche, chef d’état-major de l’armée de terre, après la dramatique bavure de Carcassonne, est tout à son honneur et à celui de l’armée. A l’inverse de certains grands patrons qui s’accrochent désespérément à leur siège, leurs stock-options ou leur golden parachute, après avoir conduit leur entreprise à l’accident industriel, voir un chef militaire assumer le poids d’un manquement auquel, à l’évidence, il n’a eu personnellement aucune part, témoigne avec éclat du fait que l’armée est bien aussi, entre autres qualités, un précieux conservatoire de valeurs en perdition telles que le sens de l’honneur et de la responsabilité. Ça n’en rend que plus irritante la désinvolture avec laquelle, depuis bien longtemps mais avec une intensité croissante, nos politiques la traitent. Certes, la culture du mépris, qui semble désormais tenir lieu de sens politique au sommet de l’Etat, ne leur est pas exclusivement réservée : hier, c’étaient les magistrats qui étaient comparés à des « petits pois », aujourd’hui les militaires que l’on veut faire passer pour des « amateurs » – demain qui ? Mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a dans la violence des reproches présidentiels une agressivité particulière vis-à-vis d’une profession dont les valeurs dominantes – esprit de sacrifice et désintéressement – ne sont pas, c’est le moins qu’on puisse dire, dans l’air du temps. Comme paraît singulièrement disproportionnée la hargne élyséenne contre les signataires anonymes, sous le pseudo de “ Surcouf”, d’une tribune du Figaro critiquant le livre blanc – comme s’il était illégitime que des militaires s’expriment sur des choix qui engagent leur existence, au sens le plus concret du terme. Si nos soldats doivent être les éternels sacrifiés des choix budgétaires, pour la seule et simple raison qu’on sait bien qu’ils ne se mettront pas en grève pour protester et qu’ils ne prendront même pas la parole pour émettre des réserves sous peine de sanctions, alors il semble qu’on doive se poser la question : n’est-il pas temps d’en finir avec le sacro-saint “devoir de réserve” ? Si l’on veut éviter une hémorragie de cadres allant chercher ailleurs la reconnaissance et la considération que l’Etat leur refuse, n’est-il pas temps de redonner la parole à la Grande Muette ?

Mères porteuses : un projet à risques

Verra-t-on, un jour, le ministre de la Famille, en France, porter l’enfant d’une autre « par altruisme », évidemment ? L’hypothèse n’est pas à exclure, si l’on en croit Nadine Morano, secrétaire d’État à la Famille : « Si demain, ma nièce ou ma fille avaient un problème de stérilité avéré et qu’elles me demandaient de porter leur enfant, franchement, je le ferais », a-t-elle déclaré dans un entretien à Radio Notre-Dame. Ce propos fait suite à la présentation, mardi dernier, d’un rapport du Sénat sur les mères porteuses, habilement rebaptisée « maternité pour autrui ». Cette commission sénatoriale, présidée par Michèle André, ancien ministre socialiste, propose de légaliser cette pratique, à condition qu’elle soit strictement encadrée. Qui peut croire, sérieusement, que les limites posées ne voleront pas rapidement en éclats ? La loi dépénalisant l’avortement posait que l’IVG devait rester une exception : l’Insee en dénombre 220 000 chaque année. La loi sur le Pacs précisait qu’il ne pourrait être signé qu’au tribunal, or Madame Morano s’est récemment prononcée pour sa signature en mairie. Quand la loi de bioéthique fut adoptée, elle n’autorisait les recherches sur l’embryon que « par dérogation » ; on envisage aujourd’hui de faire sauter ce verrou quand elle sera révisée, l’an prochain. S’agissant de la « gestation pour autrui », les sénateurs précisent que la mère porteuse ne serait pas rémunérée mais seulement dédommagée. Une curieuse nuance qui risque fort de déboucher, à terme, sur un commerce d’enfants qui ne dira pas son nom. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, s’est déclaré « résolument hostile » à la légalisation des mères porteuses dans Valeurs Actuelles. En admettant même que cette limite soit respectée, peut-on réduire l’enfant au rang de simple « projet parental » ? En d’autres termes, un enfant est-il seulement conçu pour satisfaire le désir de ces parents ?

Une taxe télé même pour ceux qui n’en ont pas !

Le rapport de la Commission sur l’audiovisuel public a donc été remis à Nicolas Sarkozy. Ouf, les contribuables ne seront pas (une nouvelle fois) mis à contribution par une augmentation de la redevance audiovisuelle… Du moins directement… Pour donner aux chaînes publiques « les moyens nécessaires au recentrage de la ligne éditoriale sur le mieux disant culturel », les chaînes privées vont se voir taxer de 3 % sur leurs recettes publicitaires (une centaine de million d’euros) tandis que les opérateurs de téléphonie mobile et les fournisseurs d’accès à Internet devront verser à l’Etat 0,9 % de leur chiffre d’affaires, soit 400 millions d’euros chaque année. En toute logique, les opérateurs de téléphonie mobile et les fournisseurs d’accès répercuteront cette taxe sur leurs abonnés. Selon la Fédération française des télécoms, cela devrait représenter pour un foyer, un surcoût annuel d’abonnement de 12 euros. La redevance se montant à 116 euros, l’augmentation sera donc de 14 % ! Compte tenu du taux de pénétration de la téléphonie mobile en France, tout le monde sera touché par l’augmentation de l’abonnement, même ceux qui n’ont pas de téléviseurs…

Marie-Antoinette et les 35 heures

Hier soir au Grand Palais pour visiter avec quelques amis l’exposition Marie-Antoinette, avant qu’elle ne s’achève le 30 juin. La difficulté à se libérer du travail, quelques retards et bavardages préliminaires : nous ne commençons effectivement la visite qu’à 20 h 30, ce qui devrait nous laisser tout de même une heure et demie, l’exposition fermant théoriquement ses portes à 22 heures. Mais dès 21 h 30, alors que nous sommes loin d’avoir tout vu, les gardiens de l’expo commencent à nous intimer, de manière insistante, d’avoir à nous préparer à « l’évacuation ». De minute en minute, l’insistance se fait plus pressante, empêchant toute concentration sur les œuvres exposées, jusqu’à ce que, un quart d’heure avant la fin de l’exposition, se forme une ligne de gardiens, genre CRS prêts à charger des manifestants, qui s’avance pour pousser les visiteurs vers la sortie ; ne manquent que les piques et les bonnets phrygiens, mais on sent chez certains de ces sbires des envies de nous envoyer à la lanterne, des fois qu’on leur ferait dépasser d’une minute ou deux leurs 35 heures de travail hebdomadaire. L’agressivité du procédé donne lieu à quelques prises de bec avec des visiteurs qui ont tout de même acquitté 10 € pour être traités comme du bétail, et parasite sans vergogne l’émotion d’une dernière salle qui retrace avec recueillement les années de captivité et l’agonie finale. De la douceur de vivre de l’Ancien Régime à la goujaterie organisée de nos sociétés égalitaires, la chute est on ne peut plus brutale – mais fort pédagogique.

Virginité

L’affaire de l’annulation du mariage entre deux musulmans par le TGI de Lille n’en finit pas de faire couler l’encre, dans des directions fort diverses. Il y a ceux qui voient dans ce jugement une victoire implicite de la charia, l’introduction subreptice dans nos raisonnements juridiques de critères étrangers à notre culture et à nos mœurs. Il y a ceux qui approuvent le tribunal, qui n’aurait fait qu’appliquer la loi, le consentement des époux étant objectivement faussé par la tromperie de l’épouse qui avait frauduleusement prétendu être vierge (si l’on refuse d’annuler un mariage fondé sur une tromperie manifeste, disent-ils notamment, pourra-t-on encore, demain, annuler un mariage où l’un des conjoints aurait dissimulé à l’autre son homosexualité ?) Il y a les féministes enragées, pour qui la notion même de virginité semble être une inexpiable atteinte aux droits des femmes. Et Roselyne Bachelot, qui tient, elle, le mensonge pour « un droit fondamental de l’être humain » – et bien sûr de la femme (« Il faut s’amuser à mentir aux femmes, on a l’impression qu’on se rembourse », disait Guitry). Une femme politique qui prend publiquement la défense du mensonge, est-ce bien prudent ? Les Français pourraient se prendre à rêver d’appliquer le jugement de Lille aux politiques, et de faire annuler certaines élections pour cause de mensonge avéré du candidat – à commencer ceux qui se sont targués, pendant la campagne, de posséder une virginité politique que leur comportement aux affaires a eu tôt fait de démentir.

La vignette Borloo

A peine les marins pêcheurs sont-ils rentrés de Bruxelles après avoir tout cassé sans obtenir quoi que ce soit pour leur bateau, voilà Borloo qui veut matraquer leur quatre-quatre ! On lui prête l’intention faire payer tous les ans le malus écologique actuellement payable seulement une fois lors de l’achat d’un véhicule prétendument polluant. Oh ! Bien sûr, le gouvernement avance prudemment sur cette question. Mais le projet mûrit dans les ministères, ne serait-ce que pour financer le bonus accordé pour l’achat de véhicules sobres, paraît-il ruineux pour les caisses de l’Etat (qui, comme chacun le sait, sont vides). Si un tel projet voyait le jour, la vignette supprimée par Laurent Fabius se trouverait ainsi rétablie par la droite. Les familles nombreuses qui ont besoin de plus gros véhicules que les célibataires se verraient encore plus pénalisées Peut-être faut-il y voir un moyen de leur reprendre l’argent qu’on a été obligé de leur laisser en renonçant à supprimer la carte famille nombreuse pour les voyages en train.

Du refus de Dieu à la négation de l’homme

Encore des profanations ! Près de 250 tombes vandalisées dans le cimetière d’Elne (Pyrénées-Orientales). Des crucifix descellés et renversés, des inscriptions sur les pierres tombales : « Satan » ou « 666 », le chiffre du diable. Des pots de fleur ont été brisés, « une quarantaine de tombes ont été littéralement mises sans dessus dessous », rapporte un photographe de l'AFP. « Dans cette affaire, on ne relève aucune connotation de type raciste ou antisémite », a dit aussitôt la préfecture. Déclaration pour le moins maladroite, qui laisse à penser qu’il y aurait un degré dans l’abjection, comme si la douleur des familles, dans ces circonstances, n’était pas la même, quelle que soit leur confession. Michèle Alliot-Marie a demandé que « toute la lumière soit faite » sur cette affaire. Selon les gendarmes, il ne s'agit « pas d’un coup de folie de quelques jeunes gens » mais d'un acte prémédité. « Les agressions contre les lieux de culte, notamment les vols, se multiplient dans le département ces dernières années. Les satanistes sont très actifs », souligne le père Vernoy, qui organisera, jeudi soir, une cérémonie de réparation. Il ne suffit pas de s’indigner, ni même de punir les coupables. Il faut aussi se demander comment nous en sommes arrivés là. Interrogé le 1er juin 2007 (il y a un an) dans Valeurs Actuelles, Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, pointait la responsabilité, dans la répétition de ces profanations, « de réseaux actifs, animés par une idéologie de refus de la foi chrétienne et des signes religieux qui assurent sa visibilité. Ces actes s’inscrivent dans un contexte de négation du religieux », dont on trouve aussi la trace dans la législation. Et Mgr Rey de prévenir : « Le refus de Dieu conduit ultimement à la négation de l’humain, et le refus de la transcendance au totalitarisme. La folle prétention de la société postmoderne à vouloir atteindre le ciel par ses propres ressources n’est pas sans rappeler l’histoire de Babel avec, pour conséquence, la confusion, la dispersion et, enfin, le déclin de l’humanité ».

Inflation

Plus 57,8%, c’est, selon le magazine L’Expansion, l’augmentation de la rémunération des patrons du Cac 40 en 2007, stocks options, dividendes et jetons de présence compris. Bien sûr, tout le monde n’est pas à la fête. Le pauvre Daniel Bouton, le président de la Société Générale, a dû renoncer à son bonus et vu son revenu chuter de 52%. Ce qui ne l’a pas empêché de se faire huer par des actionnaires sans aucune reconnaissance. Les temps sont durs. Il lui reste quand même 5,24 millions d'euros, ce qui le place encore assez nettement au dessus de la moyenne qui est de 4 millions. De toute manière, une telle augmentation globale est légitime. Car en temps de crise, il faut travailler plus et donc, gagner plus. Et contrairement aux salariés qui ont droit de faire des heures sup exonérées d’impôt, nos patrons se font massacrer par le fisc. C’est pourquoi ils sont dans l’obligation de se payer si cher, et, pour ne pas trop déséquilibrer le compte d’exploitation des groupes qu’ils dirigent, de contenir l’augmentation de la masse salariale à quelques pourcents. Les gens ne comprennent rien à l’économie !

« Jeunistement correct »…

Quatre candidats à la présidence des Jeunes UMP : quatre mêmes profils, tous favorables au droit de vote des immigrés et tous favorables à l’homoparentalité ! Au nom de la lutte contre la « pensée unique » ! J’ai hésite, cette semaine, sur le ton de mon article : fallait-il traiter cette concurrence en pointant les (rares) différences entre eux ou, au contraire, pointer leurs similitudes ? J’ai choisi la seconde option. Cela m’a valu de la part de certains des intéressés des coups de fils courroucés. Courroucé, et même plus, c’est moi qui le suis : si c’est ça la « relève » de droite, alors autant voter directement à gauche ! Mais sans doute, à 44 ans, suis-je, pour eux, un vieux réac. Oserais-je avouer que je l’étais déjà à 20 ans…

Histoire de Namizata

C’est la première décision de justice prononcée en application de la loi sur le droit au logement opposable. Elle concerne une famille monoparentale : la mère, Namizata Fofana, 26 ans, élève seule ses deux enfants, de 3 et 8 ans. Cela fait trois ans qu’elle attend un logement social et vit, pour l’instant, dans un centre d’hébergement et de réinsertion sociale de Paris. Elle devra quitter les lieux le 9 juin, après y avoir passé vingt et un mois. Namizata a donc fait une demande de logement en priorité, sur laquelle la commission de médiation de Paris a statué le 3 mars : avis défavorable. Activement soutenue par l’association Droit au logement (Dal), la jeune femme a donc saisi le tribunal administratif, qui a finalement suspendu mardi l’avis de la commission. Les juges ont estimé que la situation de cette famille était « constitutive d’une urgence », ce qui autorise Mme Fofana à demander le réexamen de son dossier dans un délai d’un mois. Si l’avis, cette fois, est positif, la préfecture devra lui trouver un logement dans les six mois qui viennent. Sinon, Namizata Fofana pourrait demander à l’Etat que lui soient versées des pénalités financières. Cette décision devant faire jurisprudence, le président du Dal, Jean-Baptiste Eyraud, s’attend désormais à un inflation de recours devant les tribunaux administratifs…

Déjeuner avec François Bayrou…

La rédaction politique de VA déjeunait hier avec François Bayrou. Je sais bien que ce que je vais écrire va heurter plusieurs d’entre vous, qu’hérisse son positionnement « ni droite ni gauche », qui, dans la pratique, fait (trop) souvent le jeu de la gauche, mais j’ai trouvé le personnage extrêmement attachant. J’avais déjà eu l’occasion de déjeuner et d’interviewer Bayrou, mais c’était avant son « grand saut » de la présidentielle. Retors, calculateur et ambitieux, Bayrou l’est évidemment comme tous les fauves de la politique, mais l’homme est aussi, je crois, sincère et courageux : « Si j’avais voulu être ministre, nous a-t-il confié, c’était simple… ». Ne niant pas ses difficultés actuelles – « Je reconnais, s’est-il à plusieurs reprises moqué de lui-même, que le chemin que j’ai choisi n’est pas le plus facile… » - le personnage, quoi qu’on pense de ses idées, possède les trois qualités qui font, selon moi, l’homme de droite : le panache, l’amour de sa terre, et la passion de l’Histoire. Quel dommage que, de droite, il ne le soit plus !

On n’en peut Mai

Né en 1963, j’ai parfois le sentiment de n’avoir jamais cessé d’entendre commémorer Mai-68, au point de me demander parfois si les fameux "zévénements" ont jamais fini. D’ailleurs, du côté de la place Saint-Sulpice, on peut voir ces jours-ci un pavé trôner dans la vitrine de la très religieuse (quoi que, pour quelque temps encore, propriété du groupe Le Monde) librairie La Procure – signe des temps, il y est entré tout ce qu’il y a de plus légalement et proprement, sans casser la vitre : ledit pavé est un réalité un objet marketing rassemblant photos souvenir et fac-similé d’affiches, « cadeau idéal, nous dit l’éditeur, pour les ex-soixante-huitards nostalgiques ». On a beaucoup insisté sur la remise en question de l’autorité par la génération de 68 ; mais on ne répétera jamais assez que, sapant ce qui restait des repères moraux, psychologiques et religieux traditionnels, mais impuissante à réformer le capitalisme parce que tel n’était pas en réalité l’objectif d’une jeunesse bien plus matérialiste que la précédente, la génération de 68, lorsqu’elle scandait "jouissez sans entraves", nous signifiait en réalité "consommez sans entraves". En ce sens, bien loin de vouloir "liquider Mai-68" comme l’avait promis tel ancien candidat à la présidence de la République, lors d’une campagne électorale qui semble déjà appartenir à un passé plus lointain que les "zévénements" d’il y a quarante ans, on est en réalité en train de le parachever ; et c’est ainsi que les propositions du rapport Attali adoubées par Nicolas Sarkozy apportent leur pavé à cette révolution perpétuelle. Et ce d’autant plus que la droite n’a toujours pas entamé son réarmement intellectuel. Dans une récente interview accordée à l’Express, Rama Yade proclame « A nous maintenant de faire notre Mai-68 », et à la question « Qu’est-ce qu’être de droite ? », a cette réponse désarmante – et désarmée (qu’on ne citerait pas si elle n’était si typiquement sarkozyenne) : « Choisir la modernité, chercher l’efficacité de l’action, prendre à bras-le-corps un héritage lourd, souvent fait de renoncements, et essayer d’enclencher le mouvement » ; cependant que les jeunes de l’UMP-Grandes écoles, pour contrer 68, n’ont rien trouvé de mieux que « Le passé nous contraint, l’avenir nous libère »… Le mouvement comme seule valeur, la modernité comme seul référent, la droite résumée à une avant-garde du bougisme universel : les ex-soixante-huitards auraient bien tort d’être nostalgiques, car c’est tous les jours leur fête.

Aimer Césaire ?

Dois-je me sentir coupable de n’avoir jamais lu une ligne d’Aimé Césaire ? Négligent, certainement ; mais coupable aussi, assurément, à en juger par le tsunami d’éloges qui a accompagné les obsèques de celui que tout le monde s’accorde à définir comme l’incarnation à lui seul des plus hautes valeurs humanistes que la France et l’Afrique réunies ait jamais produites. Sont-ce ses qualités littéraires, dont par définition je ne peux juger, qui lui valent ces honneurs ? Mais alors il faudrait reconnaître qu’on a commis une singulière injustice, par exemple, à l’égard de Julien Green, mort il y a dix ans dans l’indifférence des faiseurs d’opinion alors qu’il ne s’agit pas d’un des moindres écrivains français du XXe siècle, qui avait au surplus la grâce d’avoir toujours eu d’innombrables lecteurs. C’est donc bien son versant politique, son engagement communiste, sa dénonciation de la France comme puissance coloniale et raciste, son assimilation de l’œuvre occidentale dans les colonies au nazisme, qui lui valent cet hommage national. Et de voir, parmi les dirigeants politiques de toutes obédiences, ceux de la droite aller, toutes affaires cessantes, rendre hommage aux valeurs de celui qui a toujours combattu les leurs. La mort efface tout, bien sûr, et renvoie justement les querelles politiques à un légitime oubli, et je n’entends pas ici attenter à la mémoire de Césaire, qui était très certainement un homme de haute culture et tout ce qu’il y a d’estimable. Mais cela n’en fait pas la grande conscience de notre temps que tout le monde – droite comprise – a dit. Et la mort n’efface pas le ridicule de cette droite toujours à la remorque des idées, des héros, des valeurs, des émotions des autres. Une droite qui aime Césaire parce qu’il le faut, non parce qu’elle le veut. Une droite décidément introuvable.

Sans-papiers travailleurs régularisés : prime aux fraudeurs !

Ils sont, parait-il, des milliers dans ce cas : immigrés entrés clandestinement en France et travaillant, notamment dans la restauration. Ils se sont mis en grève pour réclamer leur régularisation. Le gouvernement vient d’enjoindre aux Préfets d’étudier « positivement » leur demande. C’est, selon moi, une double faute. Grave. La première : céder devant des grévistes occupant illégalement leur lieu de travail. Le seconde, encore plus grave : accorder une prime aux fraudeurs. Car, enfin, si ces clandestins ont produit des papiers à l’Assedic, à l’ANPE, à la Sécu et leurs employeurs, c’est qu’ils étaient… faux ! Un délit puni, en théorie, de plusieurs années de prison… La (triste) morale de l’histoire : pour se faire régulariser quand on est « sans papier », il faut devenir… « faux-papier » ! C’est ça, la récompense au mérite ? Pis que scandaleux, pitoyable…

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