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On n’en peut Mai

Né en 1963, j’ai parfois le sentiment de n’avoir jamais cessé d’entendre commémorer Mai-68, au point de me demander parfois si les fameux "zévénements" ont jamais fini. D’ailleurs, du côté de la place Saint-Sulpice, on peut voir ces jours-ci un pavé trôner dans la vitrine de la très religieuse (quoi que, pour quelque temps encore, propriété du groupe Le Monde) librairie La Procure – signe des temps, il y est entré tout ce qu’il y a de plus légalement et proprement, sans casser la vitre : ledit pavé est un réalité un objet marketing rassemblant photos souvenir et fac-similé d’affiches, « cadeau idéal, nous dit l’éditeur, pour les ex-soixante-huitards nostalgiques ». On a beaucoup insisté sur la remise en question de l’autorité par la génération de 68 ; mais on ne répétera jamais assez que, sapant ce qui restait des repères moraux, psychologiques et religieux traditionnels, mais impuissante à réformer le capitalisme parce que tel n’était pas en réalité l’objectif d’une jeunesse bien plus matérialiste que la précédente, la génération de 68, lorsqu’elle scandait "jouissez sans entraves", nous signifiait en réalité "consommez sans entraves". En ce sens, bien loin de vouloir "liquider Mai-68" comme l’avait promis tel ancien candidat à la présidence de la République, lors d’une campagne électorale qui semble déjà appartenir à un passé plus lointain que les "zévénements" d’il y a quarante ans, on est en réalité en train de le parachever ; et c’est ainsi que les propositions du rapport Attali adoubées par Nicolas Sarkozy apportent leur pavé à cette révolution perpétuelle. Et ce d’autant plus que la droite n’a toujours pas entamé son réarmement intellectuel. Dans une récente interview accordée à l’Express, Rama Yade proclame « A nous maintenant de faire notre Mai-68 », et à la question « Qu’est-ce qu’être de droite ? », a cette réponse désarmante – et désarmée (qu’on ne citerait pas si elle n’était si typiquement sarkozyenne) : « Choisir la modernité, chercher l’efficacité de l’action, prendre à bras-le-corps un héritage lourd, souvent fait de renoncements, et essayer d’enclencher le mouvement » ; cependant que les jeunes de l’UMP-Grandes écoles, pour contrer 68, n’ont rien trouvé de mieux que « Le passé nous contraint, l’avenir nous libère »… Le mouvement comme seule valeur, la modernité comme seul référent, la droite résumée à une avant-garde du bougisme universel : les ex-soixante-huitards auraient bien tort d’être nostalgiques, car c’est tous les jours leur fête.

Aimer Césaire ?

Dois-je me sentir coupable de n’avoir jamais lu une ligne d’Aimé Césaire ? Négligent, certainement ; mais coupable aussi, assurément, à en juger par le tsunami d’éloges qui a accompagné les obsèques de celui que tout le monde s’accorde à définir comme l’incarnation à lui seul des plus hautes valeurs humanistes que la France et l’Afrique réunies ait jamais produites. Sont-ce ses qualités littéraires, dont par définition je ne peux juger, qui lui valent ces honneurs ? Mais alors il faudrait reconnaître qu’on a commis une singulière injustice, par exemple, à l’égard de Julien Green, mort il y a dix ans dans l’indifférence des faiseurs d’opinion alors qu’il ne s’agit pas d’un des moindres écrivains français du XXe siècle, qui avait au surplus la grâce d’avoir toujours eu d’innombrables lecteurs. C’est donc bien son versant politique, son engagement communiste, sa dénonciation de la France comme puissance coloniale et raciste, son assimilation de l’œuvre occidentale dans les colonies au nazisme, qui lui valent cet hommage national. Et de voir, parmi les dirigeants politiques de toutes obédiences, ceux de la droite aller, toutes affaires cessantes, rendre hommage aux valeurs de celui qui a toujours combattu les leurs. La mort efface tout, bien sûr, et renvoie justement les querelles politiques à un légitime oubli, et je n’entends pas ici attenter à la mémoire de Césaire, qui était très certainement un homme de haute culture et tout ce qu’il y a d’estimable. Mais cela n’en fait pas la grande conscience de notre temps que tout le monde – droite comprise – a dit. Et la mort n’efface pas le ridicule de cette droite toujours à la remorque des idées, des héros, des valeurs, des émotions des autres. Une droite qui aime Césaire parce qu’il le faut, non parce qu’elle le veut. Une droite décidément introuvable.

Sans-papiers travailleurs régularisés : prime aux fraudeurs !

Ils sont, parait-il, des milliers dans ce cas : immigrés entrés clandestinement en France et travaillant, notamment dans la restauration. Ils se sont mis en grève pour réclamer leur régularisation. Le gouvernement vient d’enjoindre aux Préfets d’étudier « positivement » leur demande. C’est, selon moi, une double faute. Grave. La première : céder devant des grévistes occupant illégalement leur lieu de travail. Le seconde, encore plus grave : accorder une prime aux fraudeurs. Car, enfin, si ces clandestins ont produit des papiers à l’Assedic, à l’ANPE, à la Sécu et leurs employeurs, c’est qu’ils étaient… faux ! Un délit puni, en théorie, de plusieurs années de prison… La (triste) morale de l’histoire : pour se faire régulariser quand on est « sans papier », il faut devenir… « faux-papier » ! C’est ça, la récompense au mérite ? Pis que scandaleux, pitoyable…

Les limites du possible

Si puo fare ! (on peut le faire), clamaient les partisans de Walter Vetroni, concurrent malheureux de Silvio Berlusconi. « Yes, we can » (oui, nous pouvons), tel est le slogan de Barak Obama. « Ensemble, tout est possible » nous promettait Nicolas Sarkozy pendant sa campagne. Pourquoi cette insistance sur la possibilité de faire quelque chose quand on brigue les suffrages de ses concitoyens ? N’est-il pas évident que vouloir être élu, briguer une responsabilité, c’est se sentir capable d’agir ? Hélas, les peuples instruits par l’expérience, non seulement ne croient plus aux promesses des élus mais ne pensent même plus qu’ils peuvent faire quoi que ce soit. Ils les croyaient capables du pire, ils les savent maintenant impuissants. C’est pourquoi ceux-ci trouvent déjà très audacieux de d’affirmer qu’ils peuvent faire, sans dire quoi. On remarquera que cette affirmation du possible est plutôt le fait de candidats de gauche. Mais au fait, qui est le plus à gauche ? Sarkozy qui veut sauver Gandrange ou Jospin qui a dit que l’Etat ne peut pas tout ?

« Le dimanche, c’est sacré »

Après que, en décembre, de nouvelles dérogations à l’interdiction du travail dominical ont été encore concédées, après que le rapport Attali a préconisé sa généralisation, le chef de file des députés UMP, Jean-François Copé, a indiqué ce mardi qu’il souhaitait qu’une proposition de loi sur le travail du dimanche soit inscrite à l’ordre du jour prioritaire. « Le plus tôt sera le mieux », a-t-il précisé. Le plus tôt sera donc le mieux, pour les partisans du repos dominical, pour se mobiliser. Le diocèse d’Angers (actuellement en attente d’un évêque) l’a compris, en lançant un mouvement de défense du dimanche : “Le dimanche c’est sacré” (www.ledimanchecsacre.com). A l’appui de cette initiative, des arguments théologiques bien sûr, mais aussi anthropologiques et sociaux. Peut-on affirmer les racines chrétiennes de la France tout en supprimant l’heureuse coïncidence, jamais remise en cause en un siècle de laïcité, entre le “jour du Seigneur” et le jour de repos hebdomadaire ? Au nom d’une logique économique à courte vue, à l’efficacité d’ailleurs problématique, va-t-on mettre en danger une journée de retrouvailles aussi indispensable à l’équilibre des familles qu’à celui du tissu social ? Va-t-on mettre en péril, pour quelques hypothétiques virgules de croissance, les innombrables activités culturelles, sportives ou festives qui permettent aux différentes communautés naturelles de se rassembler, une journée durant, en dehors de la toute puissante logique consumériste et mercantile ? Des exemples récents, celui du lundi de Pentecôte ou de la carte Famille nombreuse, montrent qu’il est possible de faire prévaloir la voix de la raison sur celles, trop souvent triomphantes, de l’utilitarisme et du court terme. A condition de parler fort, et net – et quand il est encore temps. C’est maintenant que ceux pour qui – quelles que soient leurs raisons, profanes ou religieuses – “le dimanche, c’est sacré”, doivent faire entendre leur voix.

Le vrai visage de Royal : qu’aurait-on dit si elle avait été de droite ?

Ségolène Royal vient d’être condamné pour le « licenciement abusif » de deux de ses ex-assistantes parlementaires. Celles-ci, payées pour partie en liquide, avaient été licenciées du jour au lendemain sans indemnités ni feuilles de paie pour leurs derniers mois de travail ! A l’époque des faits (1997) puis du livre de l’une d’elle (2006), relatant l’affaire, « Valeurs actuelles » avait été l’un des seuls médias à en parler. Jamais personne, au PS, ne s’est offusqué de cette affaire. Aujourd’hui encore, c’est peu de dire que la presse se montre étonnamment silencieuse… Au-delà de l’affaire elle-même, c’est pourtant la permanente hypocrisie de la gauche qui se trouve, ici, symbolisée : championne du peuple et de la justice sociale pour les autres, combinards et arc-boutés sur leurs privilèges de puissants quant il s’agit d’elle-même… Maintenant, imaginons une seconde que c’est un leader de droite qui ait été mis en cause : j’entends déjà la réaction outragée de la presse de gauche et de… Ségolène Royal !

« Colle toi contre les vitres… »

Quarante ans après, les événements du printemps 1968 s’étalent dans les médias, tous genres confondus. Mais comment étaient-ils vus et analysés sur le moment, alors qu’ils se déroulaient ? Jusqu’au 4 avril, « Valeurs actuelles » n’y avait pas consacré une ligne. Mais dans son numéro du 11paraissaient deux enquêtes : l’une concernait l’Allemagne et l’autre Nanterre. Le journal citait le ministre allemand des Finances, le Bavarois Franz-Josef Strauss, disant : « Si nous n’avions pas travaillé pendant vingt ans, les hurluberlus ne crieraient pas ». Lesquels étaient menés par un certain Rudi Duschke, dit « Rudi le rouge », qui s’était enfui d’Allemagne de l’Est pour venir crier à Berlin Ouest : « Ho, ho, ho, Che, Che, Che » « C’est un malade de notre prospérité », répliquait Strauss. Et le correspondant de « Valeurs actuelles » commentait : « Les milieux politiques ne semblent pas s’inquiéter outre mesure de ces manifestations. Ces étudiants, disent-ils, critiquent mais ils ne savent pas ce qu’ils veulent ; ils se laissent griser par des mots… » Or, à Nanterre, expliquait l’autre reportage du journal, Daniel Cohn-Bendit, « étudiant en sociologie, un des principaux meneurs des « enragés », se réclame de l’étudiant berlinois « Rudi le rouge ». Cela inquiétait-il le ministre de l’Education nationale du moment, Alain Peyrefitte ? « Il y a toujours eu du chahut, affirmait-il. Il y en a peut-être davantage maintenant, mais il ne faut pas grossir les faits. L’agitation est plus forte à l’étranger que chez nous. » Ainsi français ou allemands, les responsables politiques ne se comportent pas différemment : rien de grave, tout cela est bien exagéré. Chacun cherche à minimiser les faits dans l’idée de les maîtriser. Or ceux-ci vont très vite grossir et échapper à tout contrôle. De la difficulté des politiques à être clairvoyants. Ne vaut-il mieux pas dire la vérité froidement à l’opinion, même si elle dérange, pour l’affronter avec plus d’efficacité ? Parmi les graffitis de Nanterre, cités par « Valeurs actuelles », figurait celui-ci que le journal trouvait mystérieux: « Colle-toi contre les vitres, croupis parmi les insectes. » Mystérieux ? Pas tant que cela, c’était un avertissement : en étant collé contre la vitre, on ne voyait pas ce qui allait arriver.

C’est quoi, la vie ?

Qu’on me pardonne de revenir dans deux billets de suite sur le même sujet, mais nous sommes soumis à un tel tir de barrage médiatique sur la question de l’euthanasie qu’il faut bien, inlassablement, tenter de clarifier certaines choses. La dernière étape de cette campagne orchestrée (car, ce n’est pas le moindre paradoxe déplaisant de cette affaire, on présente tout cela comme une revendication personnelle d’individus acculés par leurs souffrances, quand il s’agit de toute évidence d’une campagne d’opinion soigneusement pensée) est la requête de cette femme de 31 ans, atteinte d’une maladie dégénérative, qui a écrit à Nicolas Sarkozy pour réclamer un référendum sur l’euthanasie. On imagine aisément, et avec quelques frissons dans le dos, à quels excès de démagogie compassionnelle, à quels larmoyants chantages à l’émotion, à quelle insidieuse dictature de la larme à l’œil une telle campagne référendaire donnerait lieu. En attendant, il n’est pas (encore) interdit de réfléchir. Tout en affirmant n’être en aucune façon suicidaire et vouloir mourir « le plus tard possible », Clara Blanc, dans son courrier au président de la République qui invoque, comme l’association Dignitas qui se profile derrière elle, le “droit de mourir dans la dignité”, écrit : « Il y a selon moi une étape où la vie n’est plus la vie mais une agonie irréversible . » C’est quoi, la vie ?, demandait naguère un beau film avec Jacques Dufilho. La vie est-elle portée à son maximum d’intensité lorsqu’on est jeune, beau, riche et bien-portant, et diminue-t-elle en dignité lorsqu’on s’éloigne de ces critères valorisés par la société de consommation ? Celui qui souffre est-il moins digne que celui qui jouit ? Celui qui est prisonnier, de quatre murs ou d’une infirmité, est-il moins digne que celui qui gambade à son gré ? Le christianisme, il y a 2000 ans, a libéré l’homme en répondant à toutes ces questions d’un “non” plein d’espérance. En replaçant la dignité sous conditions, la morale eugéniste qui se met en place nous prépare pour sa part, sous couvert d’humanisme, une formidable régression.

Euthanasie : refuser le chantage à l’émotion

Le mécanisme est éprouvé, et si efficace que, dans le cas de Chantal Sébire, les partisans de l’euthanasie qui ont voulu instrumentaliser sa souffrance (avec son consentement et sa participation) pour faire avancer leur cause n’ont même pas caché leurs arrières-pensées. Mais le chantage à l’émotion, voulant faire, d’une douleur hors-norme, le levier médiatique pour fixer, justement, une norme nouvelle, risque cette fois de buter sur les contradictions d’un cas qui paraît moins limpide chaque jour. Celui d’une femme qui réclamait une mort administrée mais récusait le suicide, avant de finalement décéder, semble-t-il, d’une absorption de barbituriques. Qui proclamait sa maladie incurable après avoir refusé les interventions chirurgicales qui auraient pu la sauver. Qui avait fait un argument majeur de son indéniable et immense souffrance, mais qui avait refusé les soins palliatifs qui auraient pu la soulager pour leur préférer l’homéopathie. Il y a loin de l’examen objectif des faits aux affabulations répandues à longueur d’antenne et d’éditoriaux sur une médecine et une législation inhumaines, indifférentes à la souffrance des êtres. Avant de vouloir améliorer la loi Leonetti, certainement imparfaite comme toutes les constructions humaines, il faudrait commencer par véritablement l’appliquer. Et qui ne voit que, sous prétexte de répondre à des cas extrêmes, on vise en fait à mettre en place un “droit à mourir” qui est aussi un “droit à faire mourir”, aussi contraire à la raison et à la morale naturelle que dangereux pour tous les vivants, qui pourront demain en être les inconscients et involontaires “bénéficiaires” ? Sans doute l’affaire Sébire, au-delà de la douleur extrême subie par cette femme qui aura semble-t-il été la première victime de sa passion militante et de sa médiatisation, aura-t-elle le mérite de mettre en lumière l’immense danger qu’il y aurait à légiférer sur des questions aussi cruciales à partir d’une émotion médiatique facilement frelatée. Et qui, en l’occurrence, a systématiquement occulté l’un des termes du débat : l’indispensable protection de la vie. Nous devons à nos malades, et notamment à ceux dont la lucidité et la volonté sont parfois temporairement fragilisées par une lutte épuisante contre la maladie, de ne pas l’oublier.

De Lhassa à Villiers-Le-Bel

Le numéro deux de l’ambassade de Chine, interviewé sur Europe 1 demandait récemment si nous avions accueilli une mission d’observateurs de l’ONU lors des émeutes de Villiers-Le-Bel. Le rapprochement entre la répression au Tibet et le maintien de l’ordre dans nos banlieues est osé. Dans le premier cas ce sont apparemment les policiers qui ont tiré sur les émeutiers alors que chez nous, c’est plutôt l’inverse qui s’est produit. Néanmoins, la réflexion du diplomate chinois n’est pas dénuée de sagesse. A vouloir faire la leçon aux autres, on risque de s’attirer des ennuis. On ne doit jamais oublier qu’au Kosovo, les Albanais sont des immigrants devenus majoritaires qui ont fait appel à l’ONU pour les protéger contre la répression serbe. Quand nos immigrés de la ceinture rouge, devenus majoritaires, demanderont une médiation internationale pour protester contre l’intervention des CRS, en attendant de proclamer leur indépendance, avec l’appui de la Chine et de la Serbie, qu’aurons nous à répondre ?

La boite à mensonges

La meilleure ou la pire des choses. Internet peut être une redoutable boite à mensonges. Ce n’est pas dans les pages papier du « Nouvel Observateur » qu’Airy Routier avait publié le SMS qu’il attribuait à Nicolas Sarkozy disant à Cécilia, avant son remariage avec Carla : « Si tu reviens, j’annule tout ». C’est sur le site Internet de l'hebdomadaire. Le contenu des pages d’un journal passe par de multiples filtres qui sont autant de contrôles. On pose des questions, on cherche à vérifier, et si l’on se trompe, on corrige. Sur Internet, trop souvent, pas de contrôle ; le texte fait instantanément le tour de la planète, nourrissant des millions de rumeurs. Rappelons-nous cette semaine de février : si Nicolas Sarkozy enrageait tant à la lecture de ce message, c’est bien qu’il était vrai, vous disait-on ; s’il portait plainte contre le journal, c’est bien qu’il cherchait à intimider les journaux. Mais ce SMS était un faux, une pure invention, sans le moindre commencement de preuve. Airy Routier a du adresser une lettre d’excuses à Carla Bruni-Sarkozy. Elle lui répond dans les colonnes (pas sur son site) du « Monde » de ce 20 mars : « Quand un « journaliste », aux dépens de l’honnêteté qu’il doit à ses lecteurs, sanctifie la rumeur et prend ses désirs pour des réalités, il ne doit pas invoquer des « sources en béton »… » Elle s’en prend au mensonge, à la sottise, à la mauvaise foi. La question posée par l’existence de la boite à mensonges est celle de l’impunité. On prend un pseudo et on envoie n’importe quoi. Or, là comme ailleurs, il ne peut y avoir de liberté que si l’on assume aussi sa responsabilité. Dans notre cas au moins, le fait qu’il s’agisse du crédit d’un journal a permis que tout soit public, tant le nom du journaliste en cause que sa lettre d’excuses.

Les bobos veulent le magot

Et si toute cette affaire de l’UIMM, derrière les grandes envolées sur l’éthique et la moralité, ne se résumait pas tout simplement à une affaire de gros sous et de pouvoirs. La vieille génération de l’industrie lourde, les « ringards », selon Laurence Parisot, avait été très économe, réussissant à mettre de côté 600 millions d’euros bien utiles pour asseoir son pouvoir sur les organisations patronales, Medef et CGPME. La nouvelle génération, celle des patrons bobos qui préfèrent le Duffle-coat au costard-cravate, circulent en vélo, en scooter et en voiture de sport plutôt qu’en grosse berline avec chauffeur, a envie de prendre le pouvoir, les fameux mandats et l’argent qui va avec. D’où l’OPA lancée sur l’UIMM et sa caisse noire, la candidature de Roux de Bézieux à la présidence de l’Unedic et la suggestion d’un appel d’offre pour gérer les 600 millions émise par Laurence Parisot. Cette opération mains propres et poches pleines concerne-t-elle vraiment les vrais patrons, ceux qui n’ont guère le temps d’hanter les couloirs des ministères et des assemblées et de siéger à longueur de journée dans des commissions ? Cette révolution se limitera-t-elle à un changement des élites où concernera-t-elle aussi les pratiques ? A suivre.

Une Fondation bien mal partie

C’est Le Monde qui l’écrit : « La Fondation pour les œuvres de l’islam est paralysée par les querelles entre la Mosquée de Paris et l’UOIF ». Cette fondation, installée l’an dernier, devait favoriser l’émergence d’un « islam de France » débarrassé, selon Nicolas Sarkozy, de ses influences étrangères. Sa mission : faciliter la construction et la rénovation des lieux de culte islamique, financer la formation des imams et des aumôniers musulmans, aider le Conseil français du culte musulman (le CFCM, mis en place par Nicolas Sarkozy quand il était ministre de l’Intérieur) à mieux remplir sa tâche. C’est ce que déclarait le premier ministre, François Fillon, le 18 septembre dernier, moins d’un mois avant l’installation de cette Fondation. Mais depuis, celle-ci n’a pas fait grand-chose : juste un chèque de 150 000 euros (quand même) au CFCM pour qu’il puisse fonctionner. Cette paralysie s’explique par les dissensions existant, depuis toujours, entre les différentes fédérations musulmanes, plus ou moins liées à des États étrangers. Toutes possèdent leurs propres réseaux de financement, et aucune n’entend en faire profiter la voisine. « Les fidèles font leurs dons à l’association musulmane qu’ils connaissent », résume un responsable turc du CFCM. Un point c’est tout. Dans ces conditions, le rêve d’un islam « de France », que caresse le chef de l’État, paraît difficilement accessible…

« L’avortement ? Non merci ! »

De retour de Rome, en pleine campagne électorale pour les législatives d’avril. Au cœur de cette campagne, un thème s’est imposé contre toute attente, qui faisait encore la une de toute la presse ce lundi : ce n’est ni le pouvoir d’achat, ni la sécurité, ni le chômage, ni l’immigration, ni la réforme des institutions… mais bel et bien l’avortement. Ce débat inattendu, on le doit à Giuliano Ferrara, fondateur du quotidien intellectuel “Il Foglio”, ancien communiste passé au soutien à Berlusconi, athée qui ne manque aucune occasion de proclamer son soutien à Benoît XVI au nom de la défense de l’humanisme européen. En décembre dernier, il a lancé l’idée d’un moratoire des avortements, sur le modèle de celui sur la peine de mort proposé par l’ONU, initiative qui a rencontré un grand écho en vertu du respect unanime dont jouit Ferrara en Italie, à gauche comme à droite, et de la haute tenue intellectuelle où il a su placer le débat. La crise politique italienne ayant débouché sur des législatives anticipées, Ferrara a monté une liste intitulée “Avortement ? Non merci !”, qui courra sous ses seules couleurs faute d’être parvenu à un accord avec Berlusconi. Malgré sa grande sympathie envers l’“elefantino” (ainsi que l’on surnomme Ferrara en vertu d’un physique généreux), l’Eglise s’est montrée réservée vis-à-vis d’une initiative dont elle craint une dispersion des voix catholiques, ainsi que le contrecoup d’un résultat électoral marginal. Tout en confessant ses doutes ce matin sur le blog d’“Il Foglio”, Ferrara écrit : « Si cela tournait mal ce serait sans importance, parce que cela a déjà tourné bien », puisque son action est déjà parvenue à « rompre un silence qui durait depuis trente ans ». Si, comme l’écrivait Hannah Arendt, la natalité est bien « le miracle qui sauve le monde », c’en est un autre, non négligeable, d’être parvenu à briser le mur de conformisme moraliste qui entoure cette douloureuse question et d’avoir obligé la classe politique entière, comme les intellectuels, à prendre parti sur un sujet sur lequel ils n’avaient que trop tendance à fermer les yeux.

Sentiment de déjà vu

Une affaire de fraude fiscale en Allemagne a entrainé la démission du président de la Poste allemande, un socialiste qui avait doté de 1 million d’euros une fondation au Lichtenstein afin d’échapper au fisc. Des milliers d’autres allemands font l’objet d’une enquête. IL est choquant que les services secrets allemands puissent dépenser l’argent des contribuables pour acheter à l’étranger des fichiers de clients allemands d’une banque étrangère.Ce sont des méthodes totalitaires de sinistre mémoire. Violation de la souveraineté d’un Etat indépendant, violation du secret bancaire, pressions inadmissibles sur cet Etat pacifique pour qu’il modifie sa législation : de telles pratiques sont dangereuses pour des libertés en Europe. Ceux qui résistent à l’oppression se trouvent pourchassés au-delà des frontières de façon inadmissible. Déjà, l’affaire Clearstream avait montré, en France, que l’on peut violer le secret bancaire d’un pays ami et manipuler des informations pour faire chanter ses ennemis sans susciter la moindre indignation. Voilà maintenant une police démocratique usant de la corruption pour parvenir à ses fin !. Allemands et Français feraient mieux d’aligner leur fiscalité sur celle du Kosovo qu’ils viennent de reconnaître plutôt que de s’en prendre à l’indépendance du Luxembourg et du Lichtenstein. Alléger les dépenses de l’Etat et réduire la fiscalité sont les moyens les plus efficaces de lutter contre la fraude.

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