Le 18/02/08,
par Fabrice Madouas,
Rédacteur en chef adjoint Société | Société
La mesure est passée presque inaperçue : le gouvernement s’apprête à modifier les règles de majoration des allocations familiales. Une réforme qui se traduirait, pour les familles, par un manque à gagner de 138 millions d’euros, selon la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf)… L’explication est simple. Pour l’instant, les allocations familiales (versées à partir de deux enfants) sont majorées deux fois : de 33,80 euros quand l’enfant atteint l’âge de 11 ans, de 60 euros quand il atteint 16 ans. Or le gouvernement a préparé un décret qui vise à n’accorder qu’une seule majoration, à l’âge de 14 ans. Cette mesure doit s’appliquer à partir du 1er mai, après les élections municipales. Les administrateurs de la Cnaf ont voté contre, mais leur avis n’est que consultatif. Plusieurs ont rappelé que les prestations familiales n’ont été revalorisées, cette année, que de 1%. C’est peu. Cette parcimonie accrédite petit à petit l’idée que la majorité UMP-Nouveau Centre se désintéresse des familles. La réforme accélérée du divorce et le projet d’union civile (qui devrait être soumis au parlement avant la Gay Pride) renforcent encore ce sentiment. Au risque de couper la droite d’un électorat qui la croyait attachée à la prospérité des familles, dans l’intérêt de la société. Si le gouvernement ne le comprend pas, la majorité devrait y prendre garde.
Le 13/02/08,
par Laurent Dandrieu,
Rédacteur en chef adjoint Culture | Société
Certes, il n’a pas connu le cachot, et son cas a donc moins ému les médias que celui des zozos humanitaires de l’Arche de Zoé. La condamnation du Père Pierre Wallez, prêtre français officiant en Algérie, à un an de prison avec sursis par le tribunal d’Oran, mérite pourtant qu’on s’y arrête. Condamné en vertu d’une loi de 2006 interdisant le prosélytisme, le père Wallez s’était pourtant contenté de prier avec un groupe de fidèles originaires du Cameroun. L’évènement, qui s’ajoute à d’autres allant dans le même sens, témoigne d’un durcissement des autorités algériennes vis-à-vis des chrétiens, qui va à l’inverse de l’obligation de réciprocité que Benoît XVI ne cesse de réclamer dans les rapports entre chrétienté et islam. A l’heure où il n’est question que d’aider les maires de France à ouvrir des mosquées sur le territoire de leur commune, il est bon de rappeler que nous sommes loin du compte.
Le 31/01/08,
par Frédéric Paya,
Rédacteur en chef Adjoint | Société
Alors que j'étais élève dans un Lycée parisien il y a quelques années, un des mes amis plutôt dissipé avait un jour reçu une gifle d’un de nos professeurs. Taloche, soit-dit en passant qui l’avait laissé dans un état comateux jusqu’à la fin du cours. Plus tard, il m'avait avoué : « c’est normal, je l’ai bien cherché ! » . Aujourd’hui, on apprend qu’un professeur de 49 ans a passé une journée en garde à vue après avoir giflé un élève de 11 ans qui l’aurait traité de « connard ». Trouvant que cet outrage dépassait toutes les bornes, le père de cet élève, gendarme, a porté plainte contre l’enseignant pour « Violence aggravée sur mineur » (agit-il seulement avec la même sévérité lorsqu’il est appelé avec ses collègues pour rétablir le calme lors d’émeutes ?). Le professeur sera convoqué au Tribunal correctionnel à la fin du mois de mars et il a été suspendu jusqu'au jugement. Imaginons un peu si la Gifle, le film de Claude Pinoteau, sortait aujourd’hui. Avec le politiquement correct, Jean Doulean (Lino Ventura à l’écran) serait sans doute attaqué par sa fille Isabelle (Isabelle Adjani) pour « Violence » et « Obligation d’entretien ». Je sens que je vais avoir de plus en plus de mal à expliquer à mes enfants ce qu’est l’autorité et surtout le respect. O tempora O mores…
PS. D'elle même ma fille m'a parlé de cette histoire en me disant texto : "c'est bien fait pour l'élève !"
Le 23/01/08,
par Laurent Dandrieu,
Rédacteur en chef adjoint Culture | Société
Parmi les innombrables propositions du rapport Attali sur les moyens de "libérer la croissance", figure cette préconisation étrange consistant à "relancer l’immigration". Sans doute les 43 membres de cette commission disposent-ils d’informations inédites leur permettant de juger que l’immigration a été en France brutalement stoppée, ce qui avait notoirement échappé à l’écrasante majorité de la population. Passons, parce qu’il y aurait trop à en dire, sur l’approche qui sous-tend toutes les recommandations de la commission Attali (et notamment, outre la relance de l’immigration, celle qui préconise l’ouverture des magasins le dimanche) : la croissance comme un but en soi, objectif si précieux qu’il faut le rechercher sans aucune considération pour les effets sociaux, familiaux, écologiques, des mesures préconisées. Attali n’est pas seul, hélas, à épouser ce singulier aveuglement idéologique qui pousse à imaginer qu’il serait bon, louable et généreux de faire venir sur notre sol des centaines de milliers de déracinés supplémentaires, tandis qu’il serait douteux de donner aux familles françaises les moyens d’assurer leur renouvellement.
Le 16/01/08,
par François d’Orcival,
Président du Comité éditorial | Société
Xavier Bertrand, le ministre du Travail, vient de rappeler, mardi devant la presse, que 2008 serait non seulement une année d’élections municipales mais également d’élections prud’homales. Il a cité deux chiffres qui parlent plus qu’un long discours : 66% de taux de participation en 1979, il y a près de trente ans, et 67% d’abstention en 2002, lors du dernier scrutin. Ajoutez à cela ce que Bernard Thibault reconnaît lui-même : le taux de syndicalisation des salariés français est inférieur à 10%, c’est-à-dire proche de 5% dans le secteur privé. Tout se tient. Le discrédit qui pèse sur les syndicats est l’une des principales explications de la mutation en cours des centrales : elles ont enfin compris, toutes ensemble, qu’il valait mieux des accords négociés que des défilés de drapeaux. D’où l’accord qui vient d’aboutir sur les contrats de travail. Aux prud’homales se constateront la place et la représentativité de chacun. Avant de reparler de financement…
Le 07/01/08,
par David Victoroff,
Rédacteur en chef Economie Finance | Société
Le secrétaire confédéral de la CGT, Jean-Christophe Le Duigou vient de rejoindre son corps d’origine, l’administration des impôts, avec une promotion : il sera conservateur des hypothèques. Il est tout à fait réconfortant de constater qu’un ancien leader des jeunesses communistes, numéro 2 d’un syndicat qui s’est longtemps voulu révolutionnaire, accepte d’occuper une charge dont les origines remontent à l’ancien régime et qui a pour vocation de publier et de tenir à jour tous les droits sur la propriété immobilière en France. Ce nouveau défenseur de la propriété percevrait, selon Le Monde, environ 9 000 euros nets par mois. En réalité, un conservateur des hypothèques est salarié sur les actes qu’il enregistre et qu’il publie. A contrario, il est responsable sur ses biens propres des erreurs que ses services pourraient commettre. Un statut particulier qui correspond bien à ce réformiste de l’organisation syndicale qui a fini par accepter la réforme des régimes spéciaux de retraite. Tout cela montre quand même une formidable capacité de récupération de notre système vis-à-vis de ses éléments les plus contestataires.
Le 20/12/07,
par David Victoroff,
Rédacteur en chef Economie Finance | Société
La libération des otages en Colombie, si elle devait intervenir, serait sans doute une bonne nouvelle pour leurs amis et leur famille. L’acharnement de la France à ne pas abandonner une des ses concitoyennes est touchant et tout à notre honneur. Pourtant, imaginons un peu quelle serait notre réaction si une franco-américaine était enlevée par le FLNC et que, devant notre impuissance à aller la récupérer dans le maquis, les Etats-Unis faisaient pression sur Nicolas Sarkozy. Ils lui demanderaient avec insistance d’accorder à Talamoni un territoire sans gendarmerie, et de libérer les terroristes détenus dans nos prisons. George Bush s’adresserait directement aux preneurs d’otages par l’intermédiaire de CNN pour qu’ils fassent preuve d’humanité. N’y aurait-il pas de quoi crier à l’ingérence ? C’est pourtant la situation dans laquelle se trouve le président colombien aujourd’hui. Il est vrai que si les Américains acceptaient en échange de prendre les encagoulés sur leur sol, nous y gagnerions sans doute. Alors de quoi se plaint-il cet Urribe ?
Le 18/12/07,
par Laurent Dandrieu,
Rédacteur en chef adjoint Culture | Société
Hebdomadaire des professionnels du cinéma, le Film français de samedi dernier nous informe des excellents résultats du film Saw IV, qui a réuni près de 550 000 amateurs de tortures pour sa première semaine d’exploitation. Cette série dont la violence extrême, nous dit toujours le même hebdomadaire, suscite la réticence de nombreux exploitants de salles, repose en effet exclusivement sur des "raffinements" de torture sanguinolente, au point que le troisième volet avait été interdit en France au moins de 18 ans, mesure exceptionnelle d’habitude réservée aux films pornographiques. Il est de moins en moins rare, en revanche, de voir la torture occuper les écrans sous les applaudissements émus de la critique progressiste, comme on l’a vu avec les films Hostel I et II, ou, versant français, pour le récent A l’intérieur, avec Béatrice Dalle ; et non plus pour en dénoncer l’usage par l’armée française en Algérie, comme dans l’Ennemi intime, mais pour faire l’apologie d’une torture gratuite, torture spectacle certes virtuelle mais qui devient l’objet, pour un spectateur le plus souvent adolescent, d’une délectation sadique et morbide : grâce au cinéma, la torture devient "cool"… On parle de ne plus laisser sortir de prison les récidivistes auteurs de crimes abominables. Fort bien. Mais ne faudrait-il pas plutôt commencer par ne pas laisser des producteurs sans scrupules, pour le seul motif de se remplir les poches, fabriquer des générations de détraqués qui auront appris, sur grand écran, à jouir du spectacle de la souffrance d’autrui ?
Le 13/12/07,
par David Victoroff,
Rédacteur en chef Economie Finance | Société
La culture économique des français progresse. Il fut un temps où les problèmes de pouvoir d’achat ne pouvaient avoir qu’une solution : l’augmentation du Smic et celle des traitements de la fonction publique, l’indexation des retraites, l’échelle mobile. ..Bref, à pouvoir d’achat insuffisant devait répondre une augmentation des revenus. Il n’en est aujourd’hui plus question sauf à travailler plus, à abandonner ses RTT ou à faire des heures sup. La nouveauté c’est que maintenant on songe à agir non plus sur les revenus mais directement sur les prix. Les Français se résignent à n’être plus augmentés mais ne veulent plus payer ce qu’ils consomment, souvent pour une prestation médiocre. L’Internet a rendu crédible la culture du gratuit, popularisée aussi par la presse gratuite. Mais même quand il faut payer. Les Français veulent payer moins. Charles Begbeider vient de publier un rapport intitulé « le low cost, un levier pour le pouvoir d’achat ». Payer son billet d’avion moins cher, aller chez des « hard discounters », rouler en Logan, voilà la solution. Attention, toutefois : le low cost finira toujours par la low quality et le low revenu si on n’inclus pas dans les coûts, les coûts sociaux pour le pays. Le gratuit, c’est comme l’enfer : c’est les autres qui paient. Mais ça finit toujours par coûter cher.
Le 11/12/07,
par Laurent Dandrieu,
Rédacteur en chef adjoint Culture | Société
Dimanche 9 décembre. Bien à l’abri de la pluie diluvienne qui s’abat sur la capitale italienne, j’assiste à la première messe solennelle célébrée à Rome par le jeune abbé René-Sébastien Fournier, de l’Institut du bon-Pasteur. Le cadre, prestigieux, est celui de la Trinité-des-Monts, encore magnifié par deux chorales, grégorienne et polyphonique, qui font résonner entre ces murs couverts de fresques baroques la splendeur de cette antique liturgie. Pour cette première célébration en cette église de la forme extraordinaire du rite depuis sa réhabilitation par Benoît XVI, le secrétaire général de l’Etat du Vatican, Mgr Renato Boccardo, avait tenu à prononcer lui-même l’homélie, dans un français impeccable. Venant d’un prélat peu suspect de traditionalisme, ce geste est un pas important dans la "réacclimatation" de ce rite longtemps tenu en suspicion. La veille, pour fêter le 25e anniversaire du pèlerinage traditionnel de Chartres, le cardinal Castrillon Hoyos le célébrait également, à Versailles, en présence de plus de 2000 fidèles. Le président de la commission vaticane Ecclesia Dei n’a pas eu les honneurs de la cathédrale, mais a dit la messe traditionnelle en présence de Mgr Aumonier, évêque du lieu. Pourtant, des quatre coins de la France remonte l’écho de l’accueil le plus souvent glacial opposé par la hiérarchie catholique aux fidèles demandant à bénéficier de ce rite comme le pape les y invite. A tel point que le secrétaire de la congrégation pour le Culte divin, Mgr Ranjith, s’est senti obligé de rappeler à deux reprises aux évêques que l’obéissance au pape n’est pas facultative. Souvent idéologique, comme le rappelait Mgr Ranjith, cette résistance d’arrière-garde ne prive pas seulement les fidèles d’un trésor liturgique, mais aussi l’Eglise tout entière d’un précieux instrument d’évangélisation, comme elle laisse de côté de nombreux prêtres qui ne demandent qu’à apporter leur pierre à l’édifice commun. Dans la crise que traverse le catholicisme européen, combien de temps encore l’Eglise de France va-t-elle ainsi se payer le luxe de diviser ses forces au lieu de les unir ?
Le 07/12/07,
par Arnaud Folch,
Rédacteur en chef adjoint Politique | Société
Rencontré, ce matin, un personnage extravagant et courageux dont nous parlerons la semaine prochaine dans Valeurs Actuelles. Ingénieur aéronautique, Michel Boutaric a passé deux ans à créer un site Internet gratuit qui se propose de calculer combien chacun d’entre nous économiserait si les cotisations sociales obligatoires n’étaient plus… obligatoires : 3 300 euros par an pour un célibataire sans enfant gagnant 20 000 euros brut par an ; 9 330 euros pour un couple marié non salarié avec deux enfants gagnant 100 000 brut par an ; 14 500 euros pour un couple marié salarié avec trois enfants… En moyenne, une assurance privée (la solution préconisée depuis longtemps par Claude Reichmann) ne nous coûterait que la moitié par an ! Et si elle était là la solution aux problèmes de pouvoirs d’achat ? Sarkozy osera-t-il ? A vous de le convaincre…
Le 04/12/07,
par François d’Orcival,
Président du Comité éditorial | Société
« Oui, le système colonial a été profondément injuste », a dit le président de la République à Alger ce 3 décembre. On ne peut plus aller nulle part sur le sol de nos anciens départements ou de nos anciennes colonies d’Afrique sans prononcer la phrase rituelle. Malheureux système colonial inventé par la gauche universaliste pour répandre à travers le monde démuni la liberté, l’égalité et la fraternité et que le monde en question nous renvoie comme une claque. Fallait-il y aller ? Il est trop tard pour le regretter. Le général de Gaulle, en européen continental qu’il était, écrivait dans ses « Mémoires d’espoir » : « En reprenant la direction de la France (en 1958), j’étais résolu à la dégager des astreintes désormais sans contrepartie que lui imposait son empire… », cette « gageure où, pour ne rien gagner, nous avions tout à perdre ». Infatigables et obstinément mus par la défense et l’illustration des droits de l’homme, les Européens, à commencer par nous Français, veulent aller faire la paix aux confins du Soudan et du Tchad. Devrons-nous le regretter un jour, nous qui sommes déjà en position d’accusés pour avoir voulu porter secours au Rwanda ?
Le 30/11/07,
par Arnaud Folch,
Rédacteur en chef adjoint Politique | Société
Délégué de parents d’élèves d’une classe de seconde – celle de mon fils – d’un grand lycée parisien, se flattant de former la future « élite » de la Nation, je suis allé rencontrer l’autre matin, à la demande de plusieurs parents, les lycéens « bloqueurs » (une trentaine) postés devant l’entrée du lycée. Leurs griefs : « Avec TF1, Sarkozy veut nous bourrer le crâne, mais on n’est pas dupe », « Demain, ce sera les facs privés. On sera totalement sous contrôle des multinationales », « Les frais d’inscription des facs vont monter, comme aux Etats-Unis, à des dizaines de milliers d’euros. Tous les pauvres en seront exclus », « Avec la sélection, on sera tous fichés », « Il n’y aura plus de fac de lettre ou d’histoire, pour nous empêcher de réfléchir et faire de nous des disciples du pouvoir », « Sarko-Bush-Poutine : même combat ! » Etc. etc. Le tout entrecoupé d’appels sur leurs téléphones portables dernier modèle, glissés ensuite dans la poche de leurs blousons de marque…
Nous sommes allés boire un café avec quelques parents, et nous nous sommes dit que nous étions parfois bien c… de tout leur céder. La directrice, elle, avait déjà décidé de fermer l’établissement : « le choix de la raison », a-t-elle expliqué. Vraiment ?
Le 29/11/07,
par David Victoroff,
Rédacteur en chef Economie Finance | Société
La récente étude de Proxinvest montre que la rémunération des patrons du Cac 40 a chuté de 8,4 % en moyenne en 2006. Dès lors, on comprend mieux la préoccupation générale des Français pour le pouvoir d’achat et l’urgence pour Nicolas Sarkozy de se saisir du problème. Tant il est vrai qu’un problème n’existe que lorsqu’il commence à toucher l’élite de la nation. Souvenons–nous du chômage dont on a commencé à parler sérieusement que lorsque ce fléau a commencé à frapper les enfants de cadres. Attention tout de même ! Les statistiques sont fausses. C’est statistiquement prouvé. En fait, si la rémunération des patrons du Cac 40 « s’effrite », selon le terme employé par les Echos, elle s’établit encore en moyenne à plus de 4,4 millions d’euros par an. Et la baisse serait due essentiellement au départ à la retraite de quelques gros calibres comme l’ancien patron de Vinci et celui de L’Oréal. On peut se poser la question : si les départs en retraite font baisser la rémunération moyenne, faut-il allonger la vie active par la réforme des régimes spéciaux avant celle du régime général pour doper la compétitivité française ? Un fonctionnaire ou un agent public qui part plus tard, c’est quelqu’un de mieux payé qui coûtera donc plus cher à l’Etat que s’il était parti plus jeune. Les grandes entreprises, celles du Cac 40 notamment qui ont multiplié les préretraites l’ont bien compris : plus les salariés partent jeunes, plus elles font baisser son coût de main d’œuvre et plus elles sont compétitives. Et si on s’était complètement trompé et qu’au contraire il ne fallait pas retarder l’âge de la retraite mais l'avancer ? Plus petits salaires, plus petites retraites et, au bout du compte des retraités qui meurent prématurément d’ennui, voilà la solution pour rétablir l’équilibre des régimes ! Pourtant les patrons du Cac 40, eux, souhaitent plutôt jouer les prolongations.
Le 28/11/07,
par Laurent Dandrieu,
Rédacteur en chef adjoint Culture | Société
Face à ce qu’a subi Anne-Lorraine, face à ce que subit encore sa famille, qui porte sa peine dans le silence, la pudeur et sans aucun doute l’espérance surnaturelle, les vociférations des jeunes de Villiers-le-Bel paraissent bien dérisoires. Loin de cette jeunesse sans foi ni loi qui ne cesse d’en appeler à ses droits mais ne veut entendre parler d’aucun devoir, qui exige le respect mais n’en témoigne pour rien ni pour personne, et pas même pour elle-même, il est une autre jeunesse, qui intéresse beaucoup moins les médias. Pourtant cette jeunesse ne se reconnaît pas, bien souvent, dans la société qu’on lui propose et dans les fausses valeurs qu’on lui offre en modèle, mais elle ne se réfugie pas pour autant dans la protestation agressive et geignarde, dans la provocation nihiliste. Elle préfère aux revendications le service, aux vociférations un discret engagement pour que le monde s’améliore. Elle ne brûle pas de voitures, elle les utilise pour des convois humanitaires. Elle ne pleurniche pas pour obtenir des gymnases qu’elle bombarde de cocktails molotov aussitôt construits, elle préfère organiser des pèlerinages ou des veillées de prière. Elle ne trompe pas son ennui avec des tournantes, mais manifeste pour défendre la vie ou va visiter des personnes âgées. Elle n’invective pas, elle se bat, paisiblement et sans haine, pour des convictions, pour que les valeurs chrétiennes et humanistes sur lesquelles s’est bâtie notre civilisation survivent. Anne-Lorraine était, jusqu’à dimanche, un membre anonyme de cette autre jeunesse. Parce qu’elle est morte pour avoir défendu sa pureté, parce qu’elle a résisté à l’ignominie avec un courage puisé dans sa foi, elle en est devenu l’honneur.