Il fallait être à Tripoli à l’occasion du quarante et unième anniversaire de sa Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste. Pour vivre la rupture du jeûne avec l’autocrate libyen. Ambiance.
Les yeux piquent, je regarde ma montre. Pas d’erreur : il est bien 2 heures du matin, heure de Paris, sans décalage. La sono du grand hippodrome de Tripoli crache un texte interminable, à la gloire du “Guide suprême”, le colonel Muammar al-Kadhafi. Tonique, inspiré, le poète détaille en hurlant les qualités immenses du « libérateur de la Libye » et, si j’en crois la traduction, « de l’Afrique et de la Méditerranée ».
C’est ainsi chaque 1er septembre, pour la célébration du putsch militaire de 1969 qui renversa le brave roi Idris Ier. Le capitaine Kadhafi avait 27 ans. Quarante et un ans plus tard, colonel à vie, il est toujours à la tête de ce pays immense et vide – sauf de pétrole.
Il a instauré la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste, un régime ouvertement féodal, où le “frère guide” redistribue en partie la manne pétrolière. Habile, il s’en sert pour juguler les fièvres tribales, souder les fidélités claniques, apaiser les tensions sociales d’une nation nécessiteuse de 6,3 millions d’habitants. L’un de ses fils, Seif, devrait lui succéder. La succession n’est pas à l’ordre du jour. Officiellement, le Guide se porte bien. Ses deux attaques cérébrales sont un secret d’État.
Il est 2 h 30. Après la parade gymnique des gendarmettes et les chants des enfants des écoles, des étudiants en théologie passent en scandant des versets du Coran, suivis de femmes en voiles traditionnels, de musiciens en djellaba.
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